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THÉODORE, ACTE III, SCÈNE Y.
Immolez cette part trop indigne de vous ;
Sauvez-la par sa perte; ou, si quelque tendresseA ce bras généreux imprime sa faiblesse,
Si du sang d’une fille il craint de se rougir,
Armez, armez le mien, et le laissez agir.
Ma loi me le défend, mais mon Dieu me l’inspire ;
Il parle, et j’obéis à son secret empire;
Et contre l’ordre exprès de son commandement,
Je sens que c’est de lui que vient ce mouvement.
Pour le suivre, seigneur, souffrez que votre épéeMe puisse...
PLACIDE.
Oui, vous l’aurez, mais dans mon sang trempée ;Et votre bras du moins en recevra du mienLe glorieux exemple avant que le moyen.
THÉODORE.
Ah ! ce n’est pas pour vous un mouvement à suivre ;C’est à moi de mourir, mais c’est à vous de vivre.
PLACIDE'.
Ah! faites-moi donc vivre, ou me laissez mourir ;Cessez de me tuer, ou de me secourir.
Puisque vous n’écoutez ni mes vœux ni mes larmes,Puisque la mort pour vous a plus que moi de charmes,Souffrez que ce trépas, que vous trouvez si doux,
Ait à son tour pour moi plus de douceur que vous.Puis-je vivre et vous voir morte ou déshonorée,
Vous que de tout mon cœur j’ai toujours adorée,Vous qui de mon destin réglez le triste cours,
Vous, dis-je, à qui j’attacheet ma gloire et mesjours?Non, non, s’il vous faut voir déshonorée ou morte,Souffrez un désespoir où la raison me porte;Renoncer à la vie avant de tels malheurs,
Ce n’est que prévenir l’effet de mes douleurs.
En ces extrémités je vous conjure encore :
Non par ce zèle ardent d’un cœur qui vous adore,Non par ce vain éclat de tant de dignités,
Trop au-dessous du sang des rois dont vous sortez,Non par ce désespoir où vous poussez ma vie,
Mais par la sainte horreur que vous fait l’infamie,Par ce Dieu que j’ignore, et pour qui vous vivez,
Et par ce même bien que vous lui conservez.
Daignez en éviter la perte irréparable,
Et sous les saints liens d’un nœud si vénérableMettez en sûreté ce qu’on va vous ravir 1 .
THÉODORE.
Vous n’êtes pas celui dont Dieu s’y veut servir :
Il saura bien sans vous en susciter un autre,
Dont le bras moins puissant, mais plus saint que lePar un zèle plus pur se fera mon appui 2 , [vôtre,Sans porter ses désirs sur un bien tout à lui.
Mais parlez à Marcelle.
1 C’est toujours l’idée de la prostitution. (Y.)
1 Elle est donc déjà informée que Didyme entrera dans lemauvais lieu pour sauver son honneur? (Y.)
SCÈNE IV.
MARCELLE, PLACIDE, THÉODORE,PAULIN, STÉPHANIE.
PLACIDE.
Ah dieux! quelle infortune!Faut-il qu’à tous moments...
MARCELLE.
Je vous suis importune
De mêler ma présence aux secrets des amants, “
Qui n’ont jamais besoin de pareils truchements. 11
PAULIN.
Madame, on m’a forcé de puissance absolue.Marcelle, à Paulin.
L’ayant soufferte ainsi, vous l’avez bien voulue :
Ne me répliquez plus, et me la renfermez «.
SCÈNE V.
MARCELLE, PLACIDE, STÉPHANIE.
MARCELLE.
Ainsi donc vos désirs en sont toujours charmés ?
Et quand un juste arrêt la couvre d’infamie,
Comme de tout l’empire et des dieux ennemie,
Au milieu de sa honte elle plaît à vos yeux,
Et vous fait l’ennemi de l’empire et des dieux ;
Tant les illustres noms d’infâme et de rebelleVous semblent précieux à les porter pour elle!
Vous trouvez, je m’assure, en un si digne lieuCet objet de vos vœux encor digne d’un dieu 2 ?
J’ai conservé son sang de peur de vous déplaire,
Et pour ne forcer pas votre juste colèreA ce serment conçu par tous les immortelsDe venger son trépas jusque sur les autels.
Vous vous étiez par là fait une loi si dure,
Que sans moi vous seriez sacrilège, ou parjure :
Je vous en ai fait grâce en lui laissant le jour ;
Et j’épargne du moins un crime à votre amour.
PLACIDE.
Triomphez-en dans l’âme, et tâchez de paraîtreMoins insensible aux maux que vous avez fait naître.
1 II n’y a rien de plus indécent, de plus révoltant, de plusatroce, de plus bas, de plus lâche, que cette Marcelle qui vientinsulter à cette prostituée ; du moins, elle devrait épargner lessolécismes et les barbarismes : on a forcé Paulin de puis-sance absolue, et il l’a bien voulue. (V.)
2 Que dites-vous d’un b.que cette dame appelle un digne
lieu? (V.)— Ce mot de b*** est répété bien souvent dans un com-mentaire que Voltaire destinait à l’instruction de la jeunesse.Cette répétition affectée d’un mot indécent parait d’autant plusinexcusable que Voltaire, comme nous l’avons déjà remarqué,reproche sévèrement à Corneille de l’avoir employé dans uneépigramme contre Scudéri. (P.)