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Tome premier.
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THÉODORE,

Viens voir de ma colère un juste et prompt effetJoindre en ces mêmes lieux la peine à son forfait,Confondre son triomphe avecque son supplice.

PAULIN.

Ce n’est pas en ces lieux qu’il vous fera justice :Didyme en est sorti.

PLACIDE.

Quoi ! Paulin, ce voleurA déjà par sa fuite évité ma douleur!

PAULIN.

Oui ; mais il n’était plus, en sortant, ce DidymeDont l’orgueil insolent demandait sa victime;

Ses cheveux sur son front s’efforcaient de cacherLa rougeur que son crime y semblait attacher,

Et le remords de sorte abattait son courage,

Que même il n’osait plus nous montrer son visage;L’œil bas, le pied timide, et le corps chancelant,

Tel qu’un coupable eniin qui s’échappe en tremblant.A peine il est sorti, que la lière insolenceDu soldat mutiné reprend sa violence;

Chacun, en sa valeur mettant tout son appui,S’efforce de montrer qu’il n’a cédé qu’à lui ;

On se pousse, on se presse, on se bat, on se tue :J’en vois une partie à mes pieds abattue.

Au spectacle sanglant que je m’étais promis,Cléobule survient avec quelques amis ,

Met l’épée à la main , tourne en fuite le reste,Entre...

PLACIDE.

Lui seul ?

PAULIN.

Lui seul.

PLACIDE.

Ah ! dieux ! quel coup funeste !

PAULIN.

Sans doute il n’est entré que pour l’en retirer.

PLACIDE.

Dis, dis qu’il est entré pour la déshonorer,

Et que le sort cruel, pour hâter ma ruine,

Veut qu’après un rival un ami m’assassine.

Le traître ! Mais, dis-moi, l’en as-tu vu sortir ?Montrait-il de l’audace ou quelque repentir?

Qui des siens l’a suivi?

PAULIN.

Cette troupe fidèle

M’a chassé comme chef des soldats de Marcelle :

Je n’ai rien vu de plus ; mais, loin de le blâmer,

Je présume...

PLACIDE.

Ah ! je sais ce qu’il faut présumer.

11 est entré lui seul.

PAULIN.

Ayant si peu d’escorte,

C’est ainsi qu’il a dû s’assurer delà porte;

ACTE IV, SCENE IV. 483

Et si là tous ensemble il ne les eût laissés,

Assez facilement on les aurait forcés.

Mais le voici qui vient pour vous en rendre compte :A son zèle, de grâce, épargnez cette honte 1 .

SCENE IV.

PLACIDE, PAULIN, CLÉOBULE.

PLACIDE.

Eh bien! votre parente est-elle hors de ces lieuxOù l’on sacrifiait sa pudeur à nos dieux?

CLÉOBULE.

Oui, seigneur 2 .

PLACIDE.

J’ai regret qu’un cœur si magnanimeSe soit ainsi laissé prévenir par Didyme.

CLÉOBULE.

J’en dois être honteux ; mais je m’étonne fortQui vous a pu si tôt en faire le rapport :

J’en croyais apporter les premières nouvelles.

PLACIDE.

Grâces aux dieux, sans vous j’ai des amis fidèles.Mais ne différez plus à me la faire voir.

CLÉOBULE.

Qui, seigneur?

PLACIDE.

Théodore.

CLÉOBULE.

Est-elle en mon pouvoir?

PLACIDE.

Ne me dites-vous pas que vous l’avez sauvée ?

CLÉOBULE.

Je vous le dirais, moi, qui ne l’ai plus trouvée!

PLACIDE.

Quoi ! soudain par un charme elle avait disparu ?

CLÉOBULE.

P uisque déjà ce bruit jusqu’à vous a couru,

Vous savez que sans charme elle a fui sa disgrâce,Que je n’ai pu trouver que Didyme en sa place :

Quel plaisir prenez-vous à me le déguiser ?

PLACIDE.

Quel plaisir prenez-vous vous-même à m’abuser,Quand Paulin de ses yeux a vu sortir Didyme?

1 Voilà donc la gouvernante d’Antioche qui livre la princesseà la canaille, et la canaille se dispute à qui l’aura; voilà unhomme qui leur jette de l’argent pour avoir la préférence : fl estvrai que c’est à bonne intention ; mais on ne peut le deviner, etcette bonne intention est un ridicule de plus. On a osé nommertragédie cet étrange ouvrage, parce qu’il y a du sang répandu àla fin. Comment osons-nous, après cela, condamner les piècesde Lope de Vega et de Shakspeare? Ne vaut-il pas mieux man-quer à toutes les unités, que de manquer à toutes les bienséan-ces, et d’ètre à la fois froid et dégoûtant? (V.)

2 On ne voit ici que l’apparence de la prostitution : l’apparenceest trompeuse ; mais cela ressemble à ces énigmes dont les versannoncent une ordure, et dont le mot est honnête : jeu de l’es-prit honteux, et fait pour la populace. (V.)

31 .