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i aime.
Hy psipile à ma vue a reçu des mépris ;
Mais, quand je n’y suis plus, qu’est-ce que tu lui dis ?Explique, explique encor ce soupir tout de flammeQui vers ce cher objet poussait toute ton âme,
Et fais-moi concevoir jusqu’où vont tes malheursDe soupirer pour elle et de prétendre ailleurs.
Redis-moi les raisons dont tu l’as apaisée,
Dont jusqu’à me braver tu l’as autorisée,
Qu’il te faut la toison pour revoir tes parents,
Qu’à ce prix je te plais, qu’à ce prix tu te vends.
•le tenais cher le don d’une amour si parfaite ;
Mais, puisque tu te vends, va chercher qui t'achète,Perfide, et porte ailleurs cette vénale foiQu’obtiendrait ma rivale à même prix que moi.
Il est, il est encor des âmes toutes prêtesA recevoir mes lois et grossir mes conquêtes;
Il est encor des rois dont je fais le désir ;
Et, si parmi tes Grecs il me plaît de choisir,
Il en est d’attachés à ma seule personne,
Qui n’ont jamais su l’art d’être à qui plus leur donne,Qui, trop contents d’un cœur dont tu fais peu de cas,Méritent la toison qu’ils ne demandent pas,
Et que pour toi mon âme, hélas ! trop enflammée,Aurait pu te donner, si tu m’avais aimée.
JASON.
Ah ! si le pur amour peut mériter ce don,
A qui peut-il, madame, être dd qu’à Jason ?
Ce refus surprenant que vous m’avez vu faire,
D’une vénale ardeur n’est pas le caractère.
Le trône qu’à vos yeux j’ai traité de mépris,
En serait pour tout autre un assez digne prix ;
Et rejeter pour vous l’offre d’un diadème,
Si ce n’est vous aimer, j’ignore comme on aiJe ne me défends point d’une civilitéQue du bandeau royal voulait la majesté.Abandonnant pour vous une reine si belle,
J’ai poussé par pitié quelques soupirs vers elle :
J’ai voulu qu’elle eût lieu de se dire en secretQue je change par force et la quitte à regret ;
Que, satisfaite ainsi de son propre mérite,
Elle se consolât de tout ce qui l’irrite ;
Et que l’appât flatteur de cette illusionLa vengeât un moment de sa confusion.
Mais quel crime ont commis ces complimentsfrivoles?Des paroles enfin ne sont que des paroles ;
Et quiconque possède un cœur comme le mienDoit se mettre au-dessus d’un pareil entretien.
Je n’examine point, après votre menace,
Quelle foule d’amants brigue chez vous ma place.Cent rois, si vous voulez ,vousconsacrent leurs vœux,Je le crois ; mais aussi je suis roi si je veux ;
Et je n’avance rien touchant le diadème
Dont il faille chercher de témoins que vous-même.
Si par le choix d’un roi vous pouvez me punir,
LA TOISON D’OR, ACTE IV, SCÈNE IV.
Je puis vous imiter, je puis vous prévenir ;me bannis par là de ma patrie
Et si jei
Un exil couronné peut faire aimer la vie.
Mille autres en ma place, au lieu de s’alarmer....
MEDEF,.
Eh bien ! je t’aimerai, s’il ne faut que t’aimer :
Malgré tous ces héros, malgré tous ces monarques,
Qui m’ont de leur amour donné d’illustres marques,Malgré tout ce qu’ils ont et de cœur et de foi,
Je te préfère à tous, si tu ne veux que moi.
Fais voir, en renonçant à ta chère patrie,
Qu’un exil avec moi peut faire aimer la vie;
Ose prendre à ce prix le nom de mon époux.
JASON.
Oui, madame, à ce prix tout exil m’est trop doux,
Mais je veux être aimé, je veux pouvoir le croire ;
Et vous ne m’aimez pas, si vous n’aimez ma gloire ;L’ordre de mon destin l’attache à la toison,
C’est d’elle que dépend tout l’honneur de Jason.
Ah! si le ciel l’eût mise au pouvoir d’Hypsipile,
Que j’en aurais trouvé la conquête facile !
Ma passion, pour vous, a beau l’abandonner,
Elle m’offre encor tout ce qu’elle peut donner;
Malgré mon inconstance elle aime sans réserve.
MÉDÉE.
Et moi, je n’aime point, à moins que je te serve ?Cherche un autre prétexte à lui rendre ta foi ;
J’aurai soin de ta gloire aussi bien que de toi.
Si ce noble intérêt te donne tant d’alarmes, [mes ;Tiens, voilà de quoi vaincre et taureaux et gens d’ar-Laisse à tes compagnons combattre le dragon,
Us veulent comme toi leur part à la toison ;
Et comme ainsi qu’à toi la gloire leur est chère,
Us ne sont pas ici pour te regarder faire.
Zéthès et Calais, ces héros emplumés,
Qu’aux routes des oiseaux leur naissance a formés,
Y préparent déjà leurs ailes enhardiesD’avoir pour coup d’essai triomphé des harpies;Orphée avec ses chants se promet le bonheurD’assoupir...
JASON.
Ah! madame, ils auront tout l’honneur,Ou du moins j’aurai part moi-même à leui défaite,
Si je laisse comme eux la conquête imparfaite :
Il me la faut entière ; et je veux vous devoir...
MÉDÉE.
Va, laisse quelque chose, ingrat, en mon pouvoir ; 'J’en ai déjà trop fait pour une âme infidèle.
Adieu. Je vois ma sœur; délibère avec elle :
Et songe qu’après tout ce cœur que je te rends,
S’il accepte un vainqueur, ne veut point de tyrans;Que s’il aime ses fers, il hait tout esclavage ;
Qu’on perd souvent l’acquis à vouloir davantage;Qu’il faut subir la loi de qui peut obliger ;