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SOPHONISBE, ACTE V, SCÈNE VII.
L’aime et l’adore encor malgré son changement.Nous attendrons ici l’effet de votre adresse ;
N’y perdez point de temps.
SCÈNE VI.
LÆLIUS, ÉRYXE, BARCÉE.
LÆLIUS.
Et vous, grande princesseSi des restes d’amour ont surpris un vainqueur,Quand il devait au vôtre et son trône et son cœur,Nous vous en avons fait assez prompte justicePour obtenir de vous que ce trouble iinisse,
Et que vous fassiez grâce à ce prince inconstant,Qui se voulait trahir lui-même en vous quittant.éryxe.
Vous aurait-il prié, seigneur, de me le dire?
LÆLIUS.
De l’effort qu’il s’est fait il gémit, il soupire;
Et je crois que son cœur, encore outré d’ennui,Pour retourner à vous n’est pas assez à lui :
Mais si cette bonté qu’eut pour lui votre flammeAidait à sa raison à rentrer dans son âme,
Nous aurions peu de peine à rallumer des feuxQue n’a pas bien éteints cette erreur de ses vœux.
ÉRYXE.
Quand d’une telle erreur vous punissez l’audace,
Il vous sied mal pour lui de me demander grâce :Non que je la refuse à ce perfide tour ;
L’hymen des rois doit être au-dessus de l’amour;
Et je sais qu’eu un prince heureux et magnanimeMille infidélités ne sauraient faire un crime :
Mais, si tout inconstant il est digne de moi,
Il a cessé de l’être en cessant d’être roi.
LÆLIUS.
Ne l’est-il plus, madame? et si la GétuliePar votre illustre hymen à son trône s’allie,
Si celui de Syphax s’y joint dès aujourd’hui,
En est-il sur la terre un plus puissant que lui ?
ÉRYXE.
Et de quel front, seigneur, prend-il une couronne,S’il ne peut disposer de sa propre personne,
S’il lui faut pour aimer attendre votre choix,
Et que jusqu’en son lit vous lui fassiez des lois?
Un sceptre compatible avec un joug si rudeN’a rien à me donner que de la servitude;
Et si votre prudence ose en faire un vrai roi,
Il est à Sophonisbe, et ne peut être à moi.
Jalouse seulement de la grandeur royale,
Je la regarde en reine, et non pas en rivale ;
Je vois dans son destin le mien enveloppé,
Et du coup qui la perd tout mon cœur est frappé.Par votre ordre on la quitte; et cet ami fidèle
Mepourrait,au mêmeordre, abandonner comme elle.
Disposez de mon sceptre, il est entre vos mains :Je veux bien le porter au gré de vos Romains.
Je suis femme, et mon sexe accablé d’impuissanceNe reçoit point d’affront par cette dépendance;
Mais je n’aurai jamais à rougir d’un épouxQu’on voie ainsi que moi ne régner que sous vous.
LÆLIUS.
Détrompez-vous, madame; et voyez dans l’AsieNos dignes alliés régner sans jalousie,
Avec l’indépendance, avec l’autoritéQu’exige de leur rang toute la majesté.
Regardez Prusias, considérez Attale,
Et ce que souffre en eux la dignité royale :
Alassinisse avec vous, et toute autre moitié,
Recevra même honneur et pareille amitié.
Mais quant à Sophonisbe, il m’est permis de direQu’elle est Carthaginoise ; et ce mot doit suffire.
Je dirais qu’à la preifdre ainsi sans notre aveu,Tout notre ami qu’il est, il nous bravait un peu ;
Mais, comme je lui veux conserver votre estime,Autant que je le puis je déguise son crime,
Et nomme seulement imprudence d’ÈtatCe que nous aurions droit de nommer attentat.
SCÈNE VU.
LÆLIUS, ÉRYXE, LÉ.PIDE, BARCÉE.
LÆLIUS.
Mais Lépide déjà revient de chez la reine.Qu’avez-vous obtenu de cette unie hautaine?
LÉl'IDE.
Elle avait trop d'orgueil pour en rien obtenir :
De sa haine pour nous elle a su se punir.
LÆLIUS.
Je l’avais bien prévu, je vous l’ai dit moi-même,
Que ce dessein de vivre était uu stratagème,
Qu’elle voudrait mourir : mais ne pouviez-vous pas.
LÉPIDE.
Ma présence n’a fait que hâter son trépas.
A peine elle m’a vu, que d’un regard farouche,Portant je ne sais quoi de sa main à sa bouche,
« Parlez, ni’a-t-elle dit, je suis en silreté,
« Et recevrai votre ordre avec tranquillité. »
Surpris d’un tel discours, je l’ai pourtant flattée ;
J’ai dit qu’en grande reine elle serait traitée,
Que Scipion et vous en prendriez souci ;
Et j’en voyais déjà son regard adouci,
Quand d’un souris amer me coupant la parole,
« Qu’aisément, reprend-elle, une âme se console!
« Je sens vers cet espoir tout mon cœur s’échapper,
« Mais il est hors d’état de se laisser tromper;a Et d’un poison ami le secourable officen Vient de fermer la porte à tout votre artifice.