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Tome second.
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AGÉSILAS, ACTE III, SCÈNE II.

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LYSANDER.

S’il ne m’est pas permis d’espérer rien de tel, [tesDu moins, grâces aux dieux, je ne vois dans vos plain-Que des raisons d’État et de jalouses craintesQui me font malheureux, et non pas criminel.

Non seigneur, que je veuille être assez témérairePour oser d’injustice accuser mes malheurs :

L’action la plus belle a diverses couleurs;

Et lorsqu’un roi prononce, un sujet doit se taire.

Je voudrais seulement vous faire souvenirQue j’ai près de trente ans commandé nos arméesSans avoir amassé que ces nobles fuméesQui gardent les noms de finir.

Sparte, pour qui j’allais de victoire en victoire,

M’a toujours vu pour fruit n’en vouloir que la gloire,Et faire en son épargne entrer tous les trésorsDes peuples subjugués par mes heureux efforts.Vous-même le savez, que, quoi qu’on m’ait vu faire,Mais filles n’ont pour dot que le nom de leur père ;Tant il est vrai, seigneur, qu’en un si long emploiJ’ai tout fait pour l’État, et n’ai rien fait pour moi.Dans ce manque de bien Cotys et Spitridate,

L’un roi, l’autre en pouvoir égal peut-être aux rois,M’ont assez estimé pour y borner leur choix;

Et, quand de les pourvoir un doux espoir me flatte,Vous semblez m’envier un bienQui fait ma récompense, et ne vous coûte rien.

AGÉSILAS.

Il nous serait honteux que des mains étrangèresVous payassent pour nous de ce qui vous est dû.

Tôt ou tard le mérite a ses justes salaires,

Et son prix croît souvent, plus il est attendu.D’ailleurs n’aurait-on pas quelque lieu de vous dire,Si je vous permettais d’accepter ces partis,Qu’amenant avec nous Spitridate et Cotys, [re ?Vous auriez fait pour vous plus que pour notre empi-Que vos seuls intérêts vous auraient fait agir?

Et pourriez-vous enfin l’entendre sans rougir?

Vos filles sont d’un sang que Sparte aime et révèreAssez pour les payer des services d'un père.

Je veux bien en répondre, et moi-même au besoinJ’en ferai mon affaire, et prendrai tout le soin.

LYSANDER.

Je n’attendais, seigneur, qu’un mot si favorablePour finir envers vous mes importunités;

Et je ne craindrai plus/qu’aucun malheur m’accable,Puisque vous avez ces bontés.

Aglatide surtout aura l’âme ravieDe perdre un époux à ce prix ;

Et moi, pour me venger de vos plus durs mépris,

Je veux tout de nouveau vous consacrer ma vie.

SCÈNE II.

AGÉSILAS, XÉNOCLÊS.

AGÉSILAS.

D’un peu d’amour que j’eus Aglatide a parléSon père qui l’a su dans son âme s’en flatte ;

Et sur ce vain espoir il part tout consoléDu refus que j’en fais aux vœux de Spitridate.

Tu l’as vu, Xénoclès, tout d’un coup s’adoucir.

XÉNOCLÊS.

Oui : mais enfin, seigneur, il est temps de le dire,Tout soumis qu’il paraît, apprenez qu’il conspire,Et par où sa vengeance espère y réussir.

Ce confident choisi, Cléon d’Halicarnasse,

Dont l’éloquence a tant d’éclat,

Lui vend une harangue à renverser l’État,

Et le mettre bientôt lui-même en votre place.

En voici la copie, et je la viens d’avoirD’un des siens sur qui l’or me donne tout pouvoir,De l’esclave Damis, qui sert de secrétaireA cet orateur mercenaire,

Et plus mercenaire que lui,

Pour être mieux payé vous la livre aujourd’hui.

On y soutient, seigneur, que notre républiqueVa bientôt voir ses rois devenir ses tyransA moins que d’en choisir de trois ans en trois ans,Et non plus suivant l’ordre antiqueQui règle le choix par le sang;

Mais qu’indifféremment elle doit à ce rangÉlever le mérite et les rares services.

J’ignore quels sont les complices :

Mais il pourra d’Éphèse écrire à ses amis ;

Et soudain le paquet entre vos mains remisVous instruira de toutes choses.

Cependant j’ai fait mon devoir.

Vous voyez le dessein, vous en savez les causes,Votre perte en dépend; c’est à vous d’y pourvoir.

AGÉSILAS.

A te dire le vrai, l’affaire m’embarrasse ;

J’ai peine à démêler ce qu’il faut que je fasse,

Tant la confusion de mes raisonnementsÉtonne mes ressentiments.

Lysar.der m’a servi ; j’aurais une âme ingrateSi je méconnaissais ce que je tiens de lui ;

Il a servi l’État, et, si son crime éclate,

Il y trouvera de l’appui.

Je sens que ma reconnaissanceNe cherche qu’un moyen de le mettre à couvert :Mais enfin il y va de toute ma puissance ;

Si je ne le perds, il me perd.

Ce que veut l’intérêt, la prudence ne l’ose;

Tu peux juger par là du désordre où je suis.

Je vois qu’il faut le perdre; et plus je m’y dispose,