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AGÉSILAS, ACTE IV, SCÈNE II.
MANDANE.
Comme vous aimez Elpinice.
SPITRIDATE.
Mais vous m’avez promis un entier sacrifice.
MANDANE.
Oui, s’il peut être utile aux vœux que vous formez.
SPITRIDATE.
Que ne peut point un roi !
MANDANE.
Quels droits n'a point un père!SPITRIDATE.
Inexorable sœur!
• MANDANE.
Impitoyable frère,
Qui voulez que j’éteigne un feu digne de moi,
Et ne sauriez vous faire une pareille loi !
SPITRIDATE.
Hélas! considérez....
MANDANE.
Considérez vous-même....
SPITRIDATE. ‘
Que j’aime, et que je suis aimé.
MANDANE.
Que je suis aimée, et que j’aime.
SPITRIDATE.
N’égalez point au mien un feu mal allumé.
Le sexe vous apprend à régner sur vos âmes.
MANDANE.
Dites qu’il nous apprend à renfermer nos flammes ;Dites que votre ardeur, à force d’éclater, »S’exhale, se dissipe ou du moins s’exténue,
Quand la nôtre grossit sous cette retenue,
Dont le joug odieux ne sert qu’à l’irriter,le vous parle, seigneur, avec une âme ouverte;
Et si je vous voyais capable de raison,
Si quand l’amour domine elle était de saison....
SPITRIDATE.
Ah! si quelque lumière enfin vous est offerte,Expliquez-vous, de grâce, et pour le commun bien,Vous ni moi ne négligeons rien.
. MANDANE.
Notre amour à tous deux ne rencontre qu’obstaclesPresque impossibles à forcer;
Et si pour nous le ciel n’est prodigue en miracles,Nous espérons en vain nous en débarrasser.Tirons-nous une fois de cette servitudeQui nous fait un destin si rude.
Bravons Agésilas, Cotys et Lysander ;
Qu’ils s’accordent sans nous s’ils peuvent s’accorder.Dirai-je tout? cessons d’aimer et de prétendre,
Et nous cesserons d’en dépendre.
SPITRIDATE.
N’aimer plus! Ah! ma sœur !
MANDANE.
J’en soupire à mon tour;Mais un grand cœur doit être au-dessus de l’amour.Quel qu’en soit le pouvoir, quelle qu’en soit l’atteinte,Deux ou trois soupirs étouffés,
Un moment de murmure, une heure de contrainte,Un orgueil noble et ferme, et vous en triomphez.N’avons-nous secoué le joug de notre princeQue pour choisir des fers dans une autre province?Ne cherchons-nous ici que d’illustres tyrans,
Dont les chaînes plus glorieusesSoumettent nos destins aux obscurs différendsDe leurs haines mystérieuses?
Ne cherchons-nous ici que les occasionsI)e fournir de matière à leurs divisions,
Et de nous imposer un plus rude esclavagePar la nécessité d’obtenir leur suffrage?
Puisque nous y cherchons tous deux la liberté,Tâchons de la godter, seigneur, en sdreté;
Réduisons nos souhaits à la cause " que,N’aimons plus que par politique ;
Et, dans la conjoncture où le ciel nous a mis,Faisons des protecteurs, sans faire d’ennemis.
A quel propos aimer, quand ce n’est que déplaireA qui nous peut nuire ou servir?
S’il nous en faut l’appui, pourquoi nous le ravir?Pourquoi nous attirer sa haine et sa colère?
SPITRIDATE.
Oui, ma sœur, et j’en suis d’accord;
Agésilas, ici maître de notre sort,
Peut nous abandonner à la Perse irritée,
Et nous laisser rentrer, malgré tout notre effort,Sous la captivité que nous avons quittée.
Cotys ni Lysander ne nous soutiendront pasS’il faut que sa colère à nous perdre s’applique.Aimez, aimez-le donc, du moins par politique,
Ce redoutable Agésilas.
MANDANE.
Voulez-vous que je le prévienne,
Et qu’en dépit de la pudeurD’un amour commandé l’obéissante ardeurFasse éclater ma flamme auparavant la sienne ?
On dit que je lui plais, qu’il soupire en secret,
Qu’il retient, qu’il combat ses désirs à regret;
Et cette vanité qui nous est naturelle
Veut croire ainsi que vous qu’on en juge assez bien :
Mais enfin c’est un feu sans aucune étincelle :
J’en crois ce qifon en dit, et n’en sais encor rien.
S’il m’aime, un tel silence est la marque certaineQu’il craint Sparte et ses dures lois ;
Qu’il voit qu’en m’épousant, s’il peutm’y faire reine ,Il ne peut lui donner de rois;
Que sa gloire....