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Tome second.
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ATTILA, ACTE I, SCENE II. lot

L’empire est prêt à choir, et la France s’élève ;

L’une peut avec elle affermir son appui,

Et l’autre en trébuchant l’ensevelir sous lui.

Vos devins vous l’ont dit ; n’y mettez point d’obstacles,Vous qui n’avez jamais douté de leurs oracles :Soutenir un État chancelant et brisé,

C’est chercher par sa chute à se voir écrasé.

Appuyez donc la France, et laissez tomber Rome;Aux grands ordres du ciel prêtez ceux d’un grandL’un si bel avenir avouez vos devins, [homme :Avancez les succès, et hâtez les destins.

ARDARIC.

Oui, le ciel, par le choix de ces grands hyménées,

A mis entre vos mains le cours des destinées ;

Mais s’il est glorieux, seigneur, de le hâter,

É l’est, et plus encor, de si bien l’arrêter,

Que la France, en dépit d’un infaillible augure,■N’aille qu’à pas traînants vers sa grandeur future,

Ét que l’aigle, accablé par ce destin nouveau,

Ae puisse trébucher que sur votre tombeau.

Serait-il gloire égale à celle de suspendre 1Oe que ces deux États du ciel doivent attendre,

Et de vous faire voir aux plus savants devinsArbitre des succès et maître des destins?

I ose vous dire plus. Tout ce qu’ils vous prédisent,^ v ec pleine clarté dans le ciel ils le lisent;

Mais vous assurent-ils que quelque astre jalouxA’ait point mis plus d’un siècle entre l’effet et vous ?Ees éclatants retours que font les destinéesS°nt assez rarement l’œuvre de peu d’années ;

Et ce qu’on vous prédit touchant ces deux ÉtatsEeut être un avenir qui ne vous touche pas.Cependant regardez ce qu’est encor l’empire :

** chancelle, il se brise, et chacun le déchire ;

Le

Mais il

ses entrailles même il produit les tyrans ;

Le

En

peut encor plus que tous ses conquérants.

moindre souvenir des champs catalauniques

peut mettre à vos yeux des preuves trop publiques :ln gibar, Gondebaut, Méroüée, et Thierri,

Là

sans Aétius, tous quatre auraient péri.

^ es Romains firent seuls cette grande journée :mssez-les à vous par un digne hyménée.uisque déjà sans eux vous pouvez presque tout,n est rien dont par eux vous ne veniez à bout,y an ôdecesnouveauxroisils vous auront fait maître,j,° Us verrez à loisir de qui vous voudrez l’être,g. res oudrez vous seul avec tranquillitév °Us leur souffrirez encor l’égalité.

VALAMIR.

^empire, je l’avoue, est encor quelque chose;

Et lS n ° US ne sommes P' us au temps de Théodose ;

c °mme dans sa race il ne revit pas bien,

§ e ®P' re est quelque chose, et l’empereur n’est rien,eux fils n’ont rempli les trônes des deux Romes

Que d’idoles pompeux, que d’ombres au lieu d’hom-L’imbécile fierté de ces faux souverains, [ mes.

Qui n’osait à son aide appeler des Romains,

Parmi des nations qu’ils traitaient de barbaresEmpruntait pour régner des personnes plus rares ;

Et d’un côté Gainas, de l’autre Stilicon,

A ces deux majestés ne laissant que le nom,

On voyait dominer d’une hauteur égale

Un Goth dans un empire, et dans l’autreun Vandale.

Comme de tous côtés on s’en est indigné,

De tous côtés aussi pour eux on a régné.

Le second Théodose avait pris leur modèle :

Sa sœur à cinquante ans le tenait en tutelle,

Et fut, tant qu’il régna, l’âme de ce grand corps,Dont elle fait encor mouvoir tous les ressorts.

Pour Valentinian, tant qu’a, vécu sa mère11 a semblé répondre à ce grand caractère;

Il a paru régner : mais on voit aujourd’huiQu’il régnait par sa mère, ou sa mère pour lui ;

Et depuis son trépas il a trop fait connaîtreQue s’il est empereur, Aétius est maître ;

Et c’en serait la sœur qu’il faudrait obtenir,

Si jamais aux Romains vous vouliez vous unir.

Au reste, un prince faible, envieux, mol, stupide,Qu’un heureux succès enfle, un douteux intimide,Qui pour unique emploi s’attache à son plaisir,

Et laisse le pouvoir à qui s’en peut saisir.

Mais le grand Méroiiée est un roi magnanime ,Amoureux de la gloire, ardent après l’estime,

Qui ne permet aux siens d’emploi, ni de pouvoir,Qu’autant que par son ordre ils en doivent avoir.

Il sait vaincre et régner ; et depuis sa victoire,

S’il a déjà soumis et la Seine et la Loire, [tants,Quand vous voudrez aux siens joindre vos combat-La Garonne et l’Arar ne tiendront pas longtemps.Alors ces mêmes champs, témoins de notre honte,En verront la vengeance et plus haute et plus prompte ;Et, pour glorieux prix d’avoir su nous venger,

Vous aurez avec lui la Gaule à partager,

Doù vous ferez savoir à toute l’ItalieQue lorsque la prudence à la valeur s’allie,

Il n’est rien à l’épreuve, et qu’il est temps qu’enfinEt du Tibre et du Pô vous fassiez le destin.

ARDARIC.

Prenez-en donc le droit des mains d’une princesseQui l’apporte pour dot à l’ardeur qui vous presse;

Et paraissez plutôt vous saisir de son bien ,Qu’usuper des États sur qui ne vous doit rien.

Sa mère eut tant de part à la toute-puissance,

Qu’elle fit à l’empire associer Constance;

Et si ce même empire a quelque attrait pour vous,La fille a même droit en faveur d’un époux.

Allez, la force en main, demander ce partage,Que d'un père mourant lui laissa le suffrage