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Tome second.
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ATTILA, ACTE II, SCÈNE I.

VALAMIR.

Qu’un mutuel amour est un triste avantageQuand ce que nous aimons d’un autre est le partage !

ARDARIC.

Cependant le tyran prendra pour attentatCet amour qui fait seul tant de raisons d’État.

Nous n’avons que trop vu jusqu’où va sa colère,

Qui n’a pas épargné le sang même d’un frère,

Et combien après lui de rois ses alliésA son orgueil barbare il a sacrifiés.

VALAMIR.

Les peuples qui suivaient ces illustres victimesSuivent encor sous lui l’impunité des crimes;

Et ce ravage affreux qu’il permet aux soldatsLui gagne tant de cœurs, lui donne tant de bras,Que nos propres sujets sortis de nos provincesSont en dépit de nous plus à lui qu’à leurs princes.

ARDARIC.

H semble à ses discours déjà nous soupçonner,

Et ce sont des soupçons qu’il nous faut détourner.

A ce refus qu’il veut disposons ma princesse.

VALAMIR.

Pour y porter la mienne il faudra peu d’adresse.

ARDARIC.

vous persuadez, quel malheur est le mien!

VALAMIR.

Et si l’on vous en croit', puis-je espérer plus rien ?

ARDARIC.

^h'que ne pouvons-nous être heureux l’un et l’autre!

VALAMIR.

Ah! que n’est mon bonheur plus compatible au vôtre !

ARDARIC.

Allons des deux côtés chacun faire un effort.

VALAMIR.

Allons, et du succès laissons-en faire au sort.

ACTE SECOND.

SCÈNE PREMIÈRE.

HONORIE, FI.AV1E.

FLAVIE.

e ne m’en défends point : oui,madame, Octar m’ai-°ut ce que je vous dis, je l’ai su de lui-même, [me;® s °nt rois, mais c’est tout : ce titre sans pouvoira tien presque en tous deux de ce qu’il doit avoir ;

1 le fier Attila chaque jour fait connaître^ Ue s’il n’est pas leur roi, du moins il estleur maître,A?u’ils n’ont en sa cour le rang de ses amisa utant qu’à son orgueil ils s’y montrent soumis.

CORNEILLE. — TOMF. II.

Tous deux ont grand mérite, et tous deux grand cou-Mais ils sont, à vrai dire, ici comme en otage, [rage ;Tandis que leurs soldats en des camps éloignésPrennent l’ordre sous lui de gens qu’il a gagnés;

Et si de le servir leurs troupes n’étaient prêtes,

Ces rois, tout rois qu’ils sont, répondraient de leursSon frère aîné Vléda, plus rempli d’équité, [têtes.Les traitait malgré lui d’entière égalité ;

Il n’a pu le souffrir, et sa jalouse envie,

Pour n’avoir plus d’égaux, s’est immolé sa vie.

Le sang qu’après avoir mis ce prince au tombeauOn lui voit chaque jour distiller du cerveau,

Punit son parricide, et chaque jour vient faireUn tribut étonnant à celui de ce frère :

Suivant même qu’il a plus ou moins de courroux,

Ce sang forme un supplice ou plus rude ou plus doux,S’ouvre une plus féconde ou plus stérile veine ;

Et chaque emportement porte avec lui sa peine.HONORIE.

Que me sert donc qu’on m’aime, et pourquoi m’en-A souffrir un amour qui ne peut me venger? [gagerL’insolent Attila me donne une rivale ;

Par ce choix qu’il balance il la fait mon égale ; [roi,Et quand pour l’en punir je crois prendre un grandle ne prends qu’un grand nom qui ne peut rien pourJuge que de chagrins au cœur d’une princesse [moi.Qui hait également l’orgueil et la faiblesse;

Et de quel œil je puis regarder un amantQui n’aura que pitié de mon ressentiment,

Qui ne saura qu’aimer, et dont tout le serviceNe m’assure aucun bras à me faire justice.

Jusqu’à Rome Attila m’envoie offrir sa foi,

Pour douter dans son camp entre Ildione et moi.Hélas ! Flavie, hélas ! si ce doute m’offense,

Que doit faire une indigne et haute préférence?

Et n’est-ce pas alors le dernier des malheurs’,

Qu’un éclat impuissant d’inutiles douleurs ?

FLAVIE.

Prévenez-le, madame; et montrez à sa honteCombien de tant d’orgueil vous faites peu de compte.

HONORIE.

La bravade est aisée, un mot est bientôt dit :

Mais où fuir un tyran que la bravade aigrit ?Retournerai-je à Rome où j’ai laissé mon frèreEnflammé contre moi de haine et de colère,

Et qui sans la terreur d’un nom si redoutéJamais n’eüt mis de borne à ma captivité :

Moi qui prétends pour dot la moitié de l’empire?..

FLAVIE

Ce serait d’un malheur vous jeter dans un pire.

Ne vous emportez pas contre vous jusque-là :

Il est d’autres moyens de braver Attila.

Épousez Valamir.

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