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PULCHÉRIE, ACTE III, SCÈNE III.
Que vous n’aurez voulu qu’un fantôme à l’empire,Et que dans un tel choix vous vous serez flattéDe garder en vos mains toute l’autorité?
MARTIAN.
Ce n’est pas mon dessein, madame ; et s’il faut direSur le choix de Léon ce que le ciel m’inspire,
Dès cet heureux moment qu’il sera votre époux,J’abandonne Bysance et prends congé de vous,Pour aller, dans le calme et dans la solitude,
De la mort qui m’attend faire l’heureuse étude.
Voilà comme j’aspire à gouverner l’État.
Vous m’avez commandé d’assembler le sénat;
J’y vais, madame.
PULCHÉRIE.
Quoi ! Martian m’abandonneQuand il faut sur ma tête affermir la couronne !
Lui, de qui le grand cœur, la prudence, la foi...
MARTIAN.
Tout le prix que j’en veux, c’est de mourir à moi.
SCÈNE II.
PULCHÉRIE, JUSTINE.
PULCHERIE.
Que me dit-il, Justine, et de quelle retraiteOse-t-il menacer l’hymen qu’il me souhaite ?
T*e Léon près de moi ne se fait-il l’appui
Que pour mieux dédaigner de me servir sous lui?
Le hait-il ? le craint-il? et par quelle autre cause...
JUSTINE.
Qui que vous épousiez, il voudra même chose.
PULCHÉRIE.
S’il était dans un âge à prétendre ma foi,
Comme il serait de tous le plus digne de moi,
Le qu’il donne à penser aurait quelque apparence :Mais les ans l’ont dû mettre en entière assurance.
JUSTINE.
Que savons-nous, madame? est-il dessous les cieuxLn cœur impénétrable au pouvoir de vos yeux?
Le qu’ils ont d’habitude à faire des conquêtesTrouve à prendre vos fers les âmes toujours prêtes;L âge n’en met aucune à couvert de leurs traits :^° n que sur Martian j’en sache les effets,
Il m’a dit comme à vous que ce grand hyménéeL enverra loin d’ici finir sa destinée ;
si j’ose former quelque soupçon confus,e Parle en général, et ne sais rien de plus.
Mais pour votre Léon êtes-vous résolue^ le perdre aujourd’hui de puissance absolue?
^ ar ne l’épouser pas, c’est le perdre en effet.PULCHÉRIE.
°ur te montrer la gêne où son nom seul me met,°offre que je t’explique en faveur de sa flamme
La tendresse du cœur après la grandeur d’âme.
Léon seul est ma joie, il est mon seul désir;
Je n’en puis choisir d’autre, et n’ose le choisir :Depuis trois ans unie à cette chère idée,
J’en ai l’âme à toute heure, en tous lieux, obsédée ;Rien n’en détachera mon cœur que le trépas,
Encore après ma mort n’en répondrais-je pas ;
Et si dans le tombeau le ciel permet qu’on aime,Dans le fond du tombeau je l’aimerai de même.Trône qui m’éblouis, titres qui me flattez,Pourrez-vous me valoir ce que vous me coûtez?
Et de tout votre orgueil la pompe la plus hauteA-t-elle un bien égal à celui qu’elle m’ôte?
JUSTINE.
Et vous pouvez penser à prendre un autre époux ?
PULCHÉRIE.
Ce n’est pas, tu le sais, à quoi je me résous.
Si ma gloire à Léon me défend de me rendre,
De tout autre que lui l’amour sait me défendre.
Qu’il est fort cet amour ! sauve-m’en, si tu peux ;Vois Léon, parle-lui, dérobe-moi ses vœux ;
M’en faire un prompt larcin, c’est me rendre un ser-Qui saura m’arracher des bords du précipice : [viceJe le crains, je me crains, s’il n’engage sa foi,
Et je suis trop à lui tant qu’il est tout à moi.
Sens-tu d’un tel effort ton amitié capable?
Ce héros n’a-t-il rien qui te paraisse aimable?
Au pouvoir de tes yeux j’unirai mon pouvoir : -Parle, que résous-tu de faire ?
JUSTINE.
' Mon devoir.
Je sors d’un sang, madame, à me rendre assez vainePour attendre un époux d’une main souveraine ;
Et n’ayant point d’amour que pour la liberté,
S’il la faut immoler à votre sûreté,
J’oserai.... Mais voici ce cher Léon, madame;Voulez-vous...
PULCHÉRIE.
Laisse-moi consulter mieux mon âme ;Je ne sais pas encor trop bien ce que je veux :Attends un nouvel ordre, et suspends tous tes vœux
SCÈNE III.
PULCHÉRIE, LÉON, JUSTINE.
PULCHÉRIE.
Seigneur, qui vous ramène ? est-ce l’impatienceD’ajouter à mes maux ceux de votre présence,
De livrer tout mon cœur à de nouveaux combats;
Et souffré-je trop peu quand je ne ”ous vois pas?
LÉON.
Je viens savoir mon sort.