PULCHÉRIE, ACTE III, SCÈNE IV.
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Mais, pour remplir un trône et s’y faire estimer,
Ce n’est pas tout, seigneur, que de plaire et d’aimer.La plus ferme couronne est bientôt ébranléeQuand un effort d’amour semble l’avoir volée;
Et, pour garder un rang si cher à nos désirs,
Il faut un plus grand art que celui des soupirs.
Ne vous abaissez pas à la honte des larmes ;
Contre un devoir si fort ce sont de faibles armes ;
Et, si de tels secours vous couronnaient ailleurs,J’aurais pitié d’un sceptre acheté par des pleurs.
LÉON.
Ah! madame, aviez-vous de si lières penséesQuand vos bontés pour moi se sont intéressées?
Me disiez-vous alors que le gouvernementDemandait un autre art que celui d’un amant?
Si le sénat eût joint ses suffrages aux vôtres,
J’en aurais paru digne autant ou plus qu’un autre :Ce grand art de régner eût suivi tant de voix ;
Et vous-même...
PULCHÉBIE.
Oui, seigneur, j’aurais suivi ce choix,Sûre que le sénat, jaloux de son suffrage,
Contre tout l’univers maintiendrait son ouvrage.
Tel contre vous et moi s’osera révolter,
Qui contre un si grand corps craindrait de s’emporter,Et, méprisant en moi ce que l'amour m’inspire,Respecterait en lui le démon de l’empire.
LÉON.
Mais l’offre qu’il vous fait d’en croire tous vos vœux...
PULCHÉRIE.
N’est qu’un refus moins rude et plus respectueux.
LÉON.
Quelles illusions de gloire chimérique,
Quels farouches égards de dure politique,
Dans ce cœur tout à moi, mais qu’en vain j’ai char-ge font le plus aimable et le moins estimé ? [mé,
PULCHÉRIE.
Arrêtez : mon amour ne vient que de l’estime.
•Te vous vois un grand cœur, une vertu sublime,
Ene ônie, une valeur dignes de mes aïeux ;
Et si tout le sénat avait les mêmes yeux....
LÉON.
Raissons là le sénat, et m’apprenez, de grâce,Madame, à quel heureux je dois quitter la place,
Q u > je dois imiter pour obtenir un jourR un orgueil souverain le prix d’un juste amour.
PULCHERIE.
aurai peine à choisir; choisissez-le vous-mêmeEet heureux, et nommez qui vous voulez que j’aime;Mais vous souffrez assez, sans devenir jaloux, [vous,J’aime; et, si ce grand choix ne peut tomber sur^ucun autre du moins, quelqueordrequ’on m’endon-
N e
Te le ;
se verra jamais maître de ma personne : [ne,
jure en vos mains, et j’y laisse mon cœur.
N’attendez rien de plus, à moins d’être empereur;Mais j’entends empereur comme vous devez l’être,Par le choix d’un sénat qui vous prenne pour maître ;Qui d’un État si grand vous fasse le soutien,
Et d’un commun suffrage autorise le mien.
Je le fais rassembler exprès pour vous élire,
Ou me laisser moi seule à gouverner l’empire,
Et ne plus m’asservir à ce dangereux choix,
S’il ne me veut pour vous donner toutes ses voix.
Adieu, seigneur, je crains de n’être plus maîtresseDe ce que vos regards m’inspirent de faiblesse,
Et que ma peine, égale à votre déplaisir,
Ne coûte à mon amour quelque indigne soupir.
SCÈNE IV.
LÉON, JUSTINE.
LÉON.
C’est trop de retenue, il est temps que j’éclate.
Je ne l’ai point nommée ambitieuse, ingrate;
Mais le sujet enfin va céder à l’amant,
Et l’excès du respect au juste emportement.Dites-le-moi, madame ; a-t-on vu perfidiePlus noire au fond de l’âme, au dehors plus hardie ?A -t-on vu plus d’étude attacher la raisonA l’indigne secours de tant de trahison?
I,oind’en baisser les yeux, l’orgueilleuse en fait gloire ;Elle nous l’ose peindre en illustre victoire.L’honneur et le devoir eux seuls la font agir !
Et, m’étant plus fidèle, elle aurait à rougir!
JUSTINE.
La gêne qu’elle en souffre égale bien la vôtre :
Pour vous, elle renonce à choisir aucun autre ;Elle-même en vos mains en a fait le serment.
LÉON.
Illusion nouvelle, et pur amusement!
Il n’est, madame, il n’est que trop de conjecturesOù les nouveaux serments sont de nouveaux parju-Qui sait l’art de régner les rompt avec éclat, [res.Et ne manque jamais de cent raisons d’État.
JUSTINE.
Mais si vous la piquiez d’un peu de jalousie,Seigneur, si vous brouilliez par là sa fantaisie,
Son amour mal éteint pourrait vous rappeler,
Et sa gloire aurait peine à vous laisser aller.
LÉON.
Me soupçonneriez-vous d’avoir l’âme assez bassePour employer la feinte à tromper ma disgrâce ?
Je suis jeune, et j’en fais trop mal ici ma courPour joindre à ce défaut un faux éclat d’amour.
JUSTINE.
L’agréable défaut, seigneur, que la jeunesse !
Et que de vos jaloux l’importune sagesse,
Toute fière qu’elle est, le voudrait racheter