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PULCHÉRIE, ACTE IV, SCÈNE III.
De faire un maître à tous de celui de mon âme ;
Et, pleurant pour le frère en ce grand changement,Je m’en consolerais à voir régner l’amant.
Des deux têtes qu’au monde on me voit les plus chèresÉlevez l’une ou l’autre au trône de vos pères ;Daignez...
PULCHÉRIE.
Aspar serait digne d’un tel honneur,
Si vous pouviez, Irène, un peu moins sur son cœur.J’aurais trop à rougir, si, sous le nom de femme,
Je le faisais régner sans régner dans son âme;
Si j’en avais le titre, et vous tout le pouvoir,
Et qu’entre nous ma cour partageât son devoir.
IRÈNE.
Ne l’appréhendez pas : de quelque ardeur qu’il m’aime,Il est plus à l’État, madame, qu’à lui-même.
PULCHÉBIE.
Je le crois comme vous, et que sa passionRegarde plus l’État que vous, moi, ni Léon.
C’est vous entendre, Irène, et vous parler sans feindre :Je vois ce qu’il projette, et ce qu’il en faut craindre.L’aimez-vous?
IRÈNE.
Je l’aimai quand je crus qu’il m’aimait ;Je voyais sur son front un air qui me charmait : [me,Mais , depuis que le temps m’a fait mieux voir sa Ilam-J’ai presque éteint la mienne et dégagé mon âme.
PULCHÉRIE.
Achevez. Tel qu’il est voulez-vous l’épouser?
IRÈNE.
Oui, madame, ou du moins le pouvoir refuser.
Après deux ans d’amour il y va de ma gloire :L’affront serait trop grand, et la tache trop noire,
Si, dans la conjoncture où l’on est aujourd’hui,
Il m’osait regarder comme indigne de lui.
Ses desseins vont plus haut ; et voyant qu’i 1 vous aime,Bien que peut-être moins que votre diadème,
Je n’ai vu rien en moi qui le pût retenir ;
Et je ne vous l’offrais que pour le prévenir.
C’est ainsi que j’ai cru me mettre en assurancePar l’éclat généreux d’une fausse apparence :
Je vous cédais un bien que je ne puis garder,
Et qu’à vous seule enfin ma gloire peut céder.
PULCHÉRIE.
Reposez-vous sur moi. Votre Aspar vient.
SCÈNE III.
PULCHÉRIE, ASPAR, IRÈNE, JUSTINE.
ASPAR.
Madame,
Déjà sur vos desseins j’ai lu dans plus d'une âme,
Et crois de mon devoir de vous mieux avertir
De ce que sur tous deux on m'a fait pressentir.
J’espère pour Léon, et j’y fais mon possible ;
Mais j’en prévois, madame, un murmure infaillible,Qui pourra se borner à quelque émotion,
Et peut aller plus loin que la sédition.
PULCHÉRIE.
Vous en savez l’auteur : parlez, qu’on le punisse;Que moi-même au sénat j’en demande justice.
ASPAR.
Peut-être est-ce quelqu’un que vous pourriez choisir,S'il vous fallait ailleurs tourner votre désir,
Et dont le choix illustre à tel point saurait plaire,Que nous n’aurions à craindre aucun parti contraire.Comme, à vous le nommer, ce serait fait de lui,
Ce serait à l’empire ôter un ferme appui,
Et livrer un grand cœur à sa perte certaine,
Quand il n’est pas encor digne de votre haine.
PULCHÉRIE.
On me fait mal sa cour avec de tels avis,
Qui, sans nommer personne, en nomment plus de dix.Je hais l’empressement de ces devoirs sincères,
Qui ne jette en l’esprit que de vagues chimères,
Et, ne me présentant qu’un obscur avenir,
Me donne tout à craindre, et rien à prévenir.
ASPAR.
Le besoin de l’État est souvent un mystèreDont la moitié se dit, et l’autre est bonne à taire.
PULCHÉRIE.
Il n’est souvent aussi qu’un pur fantôme en l’airQue de secrets ressorts font agir et parler,
Et s’arrête où le fixe une âme prévenue,
Qui, pour ses intérêts, le forme et le remue.
Des besoins de l’État si vous êtes jaloux,Fiez-vous-en à moi, qui les vois mieux que vous.Martian, comme vous, à vous parler sans feindre,Dans le choix de Léon voit quelque chose à craindre :Mais il m’apprend de qui je dois me défier ;
Et je puis, si je veux, me le sacrifier.
ASPAR.
Qui nomme-t-il, madame?
PULCHÉRIE.
Aspar, c’est un mystère
Dont la moitié se dit, et l’autre est bonne à taire.
Si l’on hait tant Léon, du moins réduisez-vousA faire qu’on m’admette à régner sans époux.
ASPAR.
Je ne l’obtiendrais point, la chose est sans exemple.
PULCHÉRIE.
La matière au vrai zèle en est d’autant plus ample ;
Et vous en montrerez de plus rares effetsEn obtenant pour moi ce qu’on n’obtint jamais.
ASPAR.
Oui ; mais qui voulez-vous que le sénat vous donne,Madame, si Léon?...