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PSYCHÉ, ACTE HT, SCENE 111.
Contre un châtiment légitime ;
Je suis lasse de soupirer :
Viens, que j’achève d’expirer.
SCÈNE m\
L’AMOUR, PSYCHÉ, ZÉPII1RE.l'amour.
Le voilà ce serpent, ce monstre impitoyable,
Qu’un oracle étonnant pour vous a préparé,
Et qui n’est pas, peut-être, à tel point effroyableQue vous vous l’êtes figuré.
• PSYCHÉ.
Vous, seigneur, vous seriez ce monstre dont l’oracleA menacé mes tristes jours,
Vous qui semblez plutôt un dieu qui, par miracle,Daigne venir lui-même à mon secours!l’amour.
Quel besoin de secours au milieu d’un empireOù tout ce qui respire
N’attend que vos regards pour en prendre la loi,
Où vous n’avez à craindre autre monstre que moi ?
PSYCHÉ.
Qu’un monstre tel que vous inspire peu de crainte !
Et que, s’il a quelque poison,
Une âme aurait peu de raisonDe hasarder la moindre plainteContre une favorable atteinteDont tout le cœur craindrait la guérison !
A peine je vous vois, que mes frayeurs cesséesLaissent évanouir l’image du trépas,
Et que je sens couler dans mes veines glacéesUn je ne sais quel feu que je ne connais pas.
J’ai senti de l’estime et de la complaisance,
De l’amitié, de la reconnaissance;
De la compassion les chagrins innocentsM'en ont fait sentir la puissance :
Mais je n’ai point encor senti ce que je sens.
Je ne sais ce que c’est ; mais je sais qu’il me charme,Que je n’en conçois point d’alarme :
Plus j’ai les yeux sur vous, plus je m’en sens charmer;Tout ce que j’ai senti n’agissait point de même ;
Et je dirais que je vous aime,
Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer.Nelesdétournez point, ces yeux qui m’empoisonnent,Ces yeux tendres, cesyeux perçants, mais amoureux,Qui semblent partager le trouble qu’ils me donnent.Hélas! plus ils sont dangereux,
1 Si l’on considère que Corneille avait plus de soixante anslorsqu’il lit celle cliarmanle scène, on ne pourra s'empêcherd’admirer la fraîcheur (le ses idées et la variété de son talent.Nous douions que Racine ail jamais rien fait de plus délicat etde plus gracieux que les vers qui la terminent.
Plus je me plais à m’attacher sur eux.
Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,Vous dis-je plus que je ne dois,
Moi, de qui la pudeur devrait du moins attendreQue vous m’expliquassiez le trouble où je vous vois.Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire ;
Vos sens, comme les miens, paraissent interdits :C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire;
Et cependant c’est moi qui vous le dis.l’amour.
Vous avez eu, Psyché, l’âme toujours si dure,
Qu’il ne faut pas vous étonnerSi, pour en réparer l’injure,
L’Amour en ce moment se paye avec usureDe ceux qu’elle a dû lui donner.
Ce moment est venu qu’il faut que votre boucheExhale des soupirs si longtemps retenus;
Et qu’en vous arrachant à cette humeur farouche,Un amas de transports aussi doux qu’inconnusAussi sensiblement tout à la fois vous touche,
Qu’ils ont dû vous toucher durant tant de beaux joursDont cette âme insensible a profané le cours.
PSYCHÉ.
N’aimer point, c’est donc un grand crime?l’amour.
En souffrez-vous un rude châtiment?
PSYCHÉ.
C’est punir assez doucement.
l’amour.
C’est lui choisir sa peine légitime,
Et se faire justice, en ce glorieux jour,
D’un manquement d’amour par un excès d’amour.
PSYCHÉ.
Que n’ai-je été plus tôt punie!
J’y mets le bonheur de ma vie.
Je devrais en rougir, ou le dire plus bas ;
Mais le supplice a trop d’appas ;
Permettez que tout haut je le die et redie :
Je le dirais cent fois et n’en rougirais pas.
Ce n’est point moi qui parle, et de votre présenceT.’empire surprenant, l’aimable violence,
Dès que je veux parler, s’empare de ma voix.
C’est en vain qu’en secret ma pudeur s’en offense,Que le sexe et la bienséanceOsent me faire d’autres lois :
Vos yeux de ma réponse eux-mêmes font le choix :Et ma bouche, asservie à leur toute-puissance,
Ne me consulte plus sur ce que je me dois.
l’amour.
Croyez, belle Psyché, croyez ce qu’ils vous disent,Ces yeux qui ne sont point jaloux :j Qu’à l’cnvi les vôtres m’instruisentDe tout ce qui se passe en vous,i Croyez-en ce cœur qui soupire,