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LIVRE II, CHAPITRE I.
Que regardes-tu donc, mortel, autour de toi,Comme si quelque emploiT’y faisait une paix profonde?
C’est au ciel, c’est en Dieu qu’il te faut habiter ;C’est là, c’est en lui seul qu’un vrai repos se fonde ;
Et, quoi qu’étale ici le monde,
Ce n’est qu’avec dédain que l’œil s’y doit prêter.
Tout ce qu’il te présente y passe comme une ombre,Et toi-même es du nombreDe ces fantômes passagers :
Tu passeras comme eux, et ta chute funesteSuivra l’attachement à ces objets légers,
Si pour éviter ces dangersTu ne romps avec toi comme avec tout le reste.
üe ce triste séjour où tout n’est que défaut,Jusqu’aux pieds du Très-Haut,
Sache relever ta pensée ;
Qu’à force de soupirs, de larmes et de vœux,busqués à Jésus-Christ ta prière pousséeLui montre une ardeur empresséeï*’où sans cesse pour lui partent de nouveaux feux.
tu t’y sens mal propre, et qu’entre tant d’épinesJusqu’aux grandeurs divinesTes forces ne puissent monter,
8’Ü faut que sur la terre encore tu les essaies,Passion t’y donne assez où t’arrêter;
Mais il faut pour la bien goûter•Affermir ta demeure au milieu de ses plaies.
Prends ce dévot refuge en toutes tes douleurs,
Et tes plus grands malheursTrouveront une issue aisée ;
Tu sauras négliger quoi qu’il faille souffrir ;
Ces mépris te seront des sujets de risée,
Et la médisance abuséeAe dira rien de toi dont tu daignes t’aigrir.
Ce Monarque du ciel, le Maître du tonnerre,Méprisé sur la terre,
Dans l’opprobre y finit ses jours ;
Au milieu de sa peine, au fort de sa misère,
Vlt tous ses amis lâches, muets et sourds,
Tout lui refusa du secours,
Ct tout l’abandonna jusqu’à son propre Père.
Cet abandon lui plut, il aima ce mépris,
Et pour être ton prix» 11 Voulut être ta victime ;
” n ocent qu’il était il voulut endurer ;to ‘, dont la souffrance est moindre que le crime,
Tu t’oses plaindre qu’on t’opprime,
Et croire que tes maux valent en murmurer !
Il eut des ennemis, il vit la médisanceNoircir en sa présenceSes plus sincères actions ;
Et tu veux que chacun avec soin te caresse,
Que chacun soit jaloux de tes affections ,
Qu’il coure à tes intentions,
Et pour te mieux servir à l’envi s’intéresse !
Dans les adversités l’âme fait ses trésorsDes misères du corps ;
Ce sont les épreuves des bonnes ;
Leur patience amasse alors sans se lasser :
Mais où pourra la tienne emporter des couronnes,Si tous les soins que tu te donnesN’ont pour but que de fuir ce qui peut l’exercer?
Tu vois ton Maître en croix, où ton péché |e tue,Et tu peux à sa vueTe rebuter de quelque ennui !
Ah ! ce n’est pas ainsi qu’on a part à sa gloire ;Change, pauvre pécheur, change dès aujourd’hui,Souftre avec lui, souffre pour lui,
Si tu veux avec lui régner par sa victoire.
Si tu peux dans son sein une fois pénétrerJusqu’où savent entrerLes ardeurs d’un amour extrême;
Si tu peux faire en terre un essai des plaisirsOù ce parfait amour abîme un cœur qui l’aime,
Tu verras bientôt pour toi-mêmeTa sainte indifférence avoir peu de désirs.
Il t’importera peu que le monde s’en joue,
Et t’offre de la roueOu le dessus ou le dessous :
Plus cet amour est fort, plus l'homme se méprise ;Les opprobres n’ont rien qui ne lui semble doux,Et plus rudes en sont les coups ,
Plus il voit que de Dieu la main le favorise.
L’amoureux de Jésus et de la véritéAvec sévérité
Au dedans de soi se ramène ;
Et depuis que son cœur pleinement s’affranchitDe toute affection désordonnée et vaine,
De toute ambition humaine,
Dans ce retour vers Dieu sans obstacle il blanchit.
Son âme détachée, et libre autant que pure,Par-dessus la natureSans peine apprend à s’élever :