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Tome second.
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LIVRE II, CHAPITRE III.

L’homme qui soi-même s’abaisse,

Par l’humble aveu de sa faiblesse,

Des plus justes fureurs rompt aisément les coups,

Et satisfait sur l’heure avec si peu de peine,

Que la plus âpre haine

Ne saurait contre lui conserver de courroux.

L’humble seul vit comme il faut vivre :

Dieu le protège et le délivre ;

H l’aime et le console à chaque événement ;

Il descend jusqu’à lui pour lui montrer ses traces ;

Il le comble de grâces,

Et l’élève à la gloire après rabaissement.

Il répand sur lui ses lumièresEt les connaissances entièresDe ses plus merveilleux et plusprofonds secrets;

Il l’invite, il l’attire à ce bonheur extrême,

Et l’attache à soi-mêmeEar la profusion de ses plus doux attraits.

L’humble ainsi trouve tout facile,

Toujours content, toujours tranquille,

Quelque confusion qu’il lui faille essuyer ;

Et comme c’est en Dieu que son repos se fondeSur le mépris du monde,

En Dieu malgré le monde il le sait appuyer.

Enfin c’est par là qu’on profite,

C’est par là que le vrai mériteAu reste des vertus se laisse dispenser. [dre,

Quelque éclat qu’à leur prix les tiennes puissent join-Tiens-toi de tous le moindre,

Du dans le bon chemin ne crois point avancer.

CHAPITRE III.

DE L’HOMME PACIFIQUE.

^répare tes efforts à mettre en paix les autresPar ceux de l’affermir chez toi ;eurs esprits aisément se règlent sur les nôtres,

E exemple est la plus douce et la plus forte loi.

Qui se possède en paix est d’une autre nature ;

Il sait tourner le mal en bien,

Il sait fermer l’oreille au bruit de l’imposture,

Et jamais d’aucun autre il ne soupçonne rien.

Mais qui vit mal content et suit l’impatienceDe ses bouillants et vains désirsCelui-là n’est jamais sans quelque défiance,

Et voit partout matière à de prompts déplaisirs.

Comme tout fait ombrage aux soucis qu’il se donne,Tout le blesse, tout lui déplaît;

Il n’a point de repos et n’en laisse à personne,

Il ne sait ce qu’il veut, ni même ce qu’il est.

Il tait ce qu’il doit dire, et dit ce qu’il doit taire ;

Il va quand il doit s’arrêter,

Et son esprit troublé quitte ce qu’il faut fairePour faire avec chaleur ce qu’il faut éviter.

Sa rigueur importune examine et publieOù manque le devoir d’autrui,

Et lui-même du sien pleinement il s’oublie,

Comme si Dieu jamais n’avait rien dit pour lui.

Tourne les yeux sur toi, malheureux, et regardeQuel zèle aveugle te confond ;

Mets sur ton propre cœur une soigneuse garde,

Et considère après ce que les autres font.

Tu sais bien t’excuser, et n’admets point d’excusesPour les faiblesses du prochain ;

Il n’est point de couleurs pour toi que tu refuses,

Ni de raisons pour lui qui ne parlent en vain.

Sois-lui plus indulgent, et pour toi plus sévère,Censure ton mauvais emploi,

Excuse ceux d’un autre, et souffre de ton frère,

Si tu veux que ton frère aime à souffrir de toi.

Vois-tu combien ton âme est encore éloignéeDe l’humble et vive charité,

Qui jamais ne s’aigrit, jamais n’est indignée,Jamais ne veut de mal qu’à sa fragilité ?

e c ahne intérieur est le trésor uniquet Qui soit digne de nos souhaits :homme docte sert moins que l’homme pacifique,I ^ fruit du savoir cède à ceux de la paix.

Ce n’est pas grand effort de hanter sans querelleDes esprits doux, des gens debien ;

A se plaire avec eux la pente est naturelle,

Et chacun sans miracle aime leur entretien.

e s avant qui reçoit sa passion pour guideN’agit sous elle qu’en brutal ;c bien lui semble un crime, et sa croyance avidemême au-devant de ce qu’on dit de mal.

Chacun aime la paix, la cherche, la conserve,L’embrasse avec contentement,

Et se donne sans peine avec peu de réserveA ceux qu’il voit partout suivre son sentiment.