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LIVRE II, CHAPITRE IX.
Ce Dieu, toujours tout bonettoujours tout-puissant,Ce Dieu, dans ses bontés toujours inépuisable,
Peut faire un nouveau don d’une grâce plus stable,L’une vigueur plus ferme, à ton cœur languissant.Vous le savez, dévots, qui marchez dans sa voie,Qu’on y voit tour à tour la paix et les combats,Qu’on y voit l’amertume enfanter les appas ,
Qu’on y voit le chagrin succéder à la joie ;
Ces saints même, les saints, tous comblés de ce don,Ont éprouvé souvent de ces vicissitudes,
Ét senti des moments tantôt doux, tantôt rudes,
P fl r la pleine assistance et l’entier abandon.
Crois-en David sur sa parole.
Tant que la grâce le console,
C’est ainsi qu’il en parle à Dieu :
* Lorsque de tes faveurs je goûtais l’abondance,
" Je le disais, Seigneur, qu’aucun temps, aucun lieu,« Ne pourrait troubler ma constance. »
cette fermeté succède la langueurPar le départ soudain de cette même grâce :
«Tu n’as fait, lui dit-il, que détourner ta face,
« Et le trouble aussitôt s’est saisi de mon cœur. »Cependant il conserve une espérance entière;
Lt i dans cette langueur rassemblant ses esprits,
« Jusqu’à toi, poursuit-il, j’élèverai mes cris,
“ Jusqu’à toi, mon Sauveur, j’enverrai ma prière. »en obtient le fruit, et change de discours :
" Le Seigneur à mes maux est devenu sensible,
' Lit-il, et la pitié l’ayant rendu flexible,
" Lui-même il a voulu descendre à mon secours. »
Veux-tu savoir de quelle sorteAgit cette grâce plus forte?
Écoute ses ravissements :
* Lu dissipes, ô Dieu! l’aigreur de ma tristesse,
" Lu changes en plaisirs tous mes gémissements,« Et m’environnes d’allégresse. »
uisque Dieu traite ainsi même les plus grands saints,'Juus autres malheureux perdrons -nous tout courage,t o Ur voir que notre vie ici-bas se partage^Ux inégalités qui troublent leurs desseins ?fuyons tantôt le feu, voyons tantôt la glaceJuins nos cœurs tour à tour se mêler sans arrêt :r* Esprit ne va-t-il pas et vient comme il lui plaît?
°n bon plaisir lui seul le retient ou le chasse ;
°n en sert de témoin : « Tu le veux, ô Seigneur !
" Lisait- il, que ton bras nous défende et nous quitte,
* Ct tu nous fais à peine un moment de visite
* Q u ’aussitôt ta retraite éprouve notre cœur. »
Sur quoi donc faut-il que j’espère,
CORNEILLE. — TOME IL
Et, dans l’excès de ma misère,
Sur quoi puis-je me confier,
Sinon sur la grandeur de sa miséricorde,
Et sur ce que sa grâce aime à justifierCeux à qui sa bonté l’accorde?
Soit que j’aie avec moi toujours des gens de bien,
De fidèles amis, ou de vertueux frères,
Soit que des beaux traités les conseils salutaires,Soit que les livres saints me servent d’entretien,Qu’en hymnes tout un chœur autour de moi résonne ;Ces frères, ces amis, ces livres et ce chœur,
Tout cela n’a pour moi ni force ni saveurLorsqu’à ma pauvreté la grâce m’abandonne;
Et l’unique remède en cette extrémitéC’est une patience égale au mal extrême,
Une abnégation parfaite de moi-même,
Pour accepter de Dieu toute la volonté.
Je n’ai point vu d’âme si sainteD’âme si fortement atteinte,
De religieux si parfait,
Qui n’ait senti la grâce, en lui comme séchée,
N’y verser quelquefois aucun sensible attrait,
Ou vu sa ferveur relâchée.
Aucun n’est éclairé de rayons si puissants,
Aucune âme si haut ne se trouve ravie,
Qui n’ait vu sa clarté précédée ou suivieD’une attaque, ou du diable, ou de ses propres sens :Aucun n’est digne aussi de la vive lumièrePar qui Dieu se découvre à l’esprit recueilli,
S’il ne s’est vu pour Dieu vivement assailli,
S’il n’a franchi pour Dieu quelque rude carrière.
Ne t’ébranle donc point dans les tentations ;
Ne t’inquiète point de leurs inquiétudes ;
D’elles naîtra le calme, et leurs coups les plus rudesSont les avant-coureurs des consolations.
Puissant Maître de la nature,
Ta sainte parole en assureCeux qu’elles auront éprouvés :
« Sur qui vaincra, dis-tu, je répandrai ma gloire,
« Et de l’arbre de vie il verra réservés
« Les plus doux fruits pour sa victoire. »
Cette douceur du ciel en tombe quelquefoisPour fortifier l’homme à vaincre l’amertume;L’amertume la suit, de peur qu’il n’en présumeLe ciel ouvert pour lui sans plus porter de croix :
Car enfin le bien même est souvent une portePar où la propre estime entre avec la vertu ;
Et, quoique l’ennemi nous paraisse abattu,
Le diable ne dort point, et la chair n’est pas morte.
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