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Tome second.
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L IMITATION DE JESUS-CHRIST.

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Tandis que tous les tiens s’en iront en fumée ;

Tu verras applaudir à tout son entretien,

Et ta voix à ses yeux n’être comptée à rien,Quoiqu’il ton sentiment on dût la préférence ;

Tu verras sa demande aisément parvenirAux plus heureux succès qui flattent l’espérance,

Et tu demanderas sans pouvoir obtenir.

Des autres le grand nom sans mérite ennobliAura ce qui t’est dû de gloire et de louange,Cependant que le tien traînera dans l’oubli,

S’il ne tombe assez bas pour traîner dans la fange ;Ainsi que dans l’estime ils seront dans l’emploi,

Et l’injuste mépris que l’on aura pour toiTe fera réputer serviteur inutile :

L’orgueil de la nature en voudra murmurer,

Et ce sera beaucoup, si ton esprit docilePeut apprendre à se taire et toujours endurer.

C’est par là, mon enfant, qu’ici-bas il me plaîtD’éprouver jusqu’au bout le cœur du vrai fidèle,Pour voir comme il renonce à son propre intérêt,Comme il sait rompre en tout la pente naturelle.Voir arriver sans trouble et supporter sans bruitTout ce qu’obstinément ta volonté refuit,T’imputer à bonheur tout ce qui t’importune,

C’est le dernier effort d’un courage fervent,

Et tu ne verras point qu’aucune autre infortuneT’oblige à te mieux vaincre, ou mourir plus avant.

Surtout il t’est bien dur qu’on te veuille ordonnerCe qui semble à tes yeux une injustice extrême,

Ce qui n’est bon à rien, ce qu’on peut condamnerAinsi qu’un attentat contre la raison même.

A cause que tu vis sous le pouvoir d’autrui,

Il te faut, malgré toi, prendre la loi de lui,

Obéir à son ordre, et suivre son empire ;

Et c’est là ce qui fait tes plus cruels tourments,Quand tu sens ta raison puissamment contredire,Et qu’il faut accepter de tels commandements.

Mais ne pense pas tant à l’excès de ces maux,

Que tu ne puisses voir qu’un moment les termine,Que leur fruit passe enfin la grandeur des travaux,Et que la récompense en est toute divine.

Au lieu de t’être à charge, au lieu de t’accabler,

Ils sauront faire naître, ils sauront redoublerLa douceur nécessaire à soulager ta peine ;

Et ce moment d’effort dessus ta volontéLa rendra dans le ciel à jamais souveraineSur l’infini trésor de toute ma bonté.

Dans ces palais brillants que moi seul je remplis,Tu trouveras sans peine en moi seul toutes choses,

Tu verras tes souhaits aussitôt accomplis,

Tu tiendras en ta main quoi que tu te proposes ;Toutes sortes de biens avec profusionY naîtront d’une heureuse et claire vision,

Sans crainte que le temps les change ou les enlève ;Ton vouloir et le mien n’y seront qu’un vouloir,

Et tu n’y voudras rien qui hors de moi s’achève,

Ni dont ton intérêt s’ose seul prévaloir.

Là, personne à tes vœux ne voudra résister ;Personne contre toi ne formera de plainte;

Tu n’y trouveras point d’obstacle à surmonter ;

Tu n’y rencontreras aucun sujet de crainte ;

Les objets désirés s’offrant tous à la foisN’y balanceront point ton amour ni ton choixSur les ébranlements de ton âme incertaine;

Tu posséderas tout sans besoin de choisir,

Et tu t’abîmeras dans l’abondance pleine,

Sans que la plénitude émousse le désir.

Là, ma main libérale épanchant le bonheur,

De tous maux en tous biens fera d’entiers échanges;Pour l’opprobre souffert je rendrai de l’honneur,Pour le blâme et l’ennui, d’immortelles louanges :L’humble ravalement jusques au dernier lieu,

Relevé sur un trône au royaume de Dieu,

De ses submissions recevra la couronne ; .L’aveugle obéissance aura ses dignes fruits,

Et les gênes qu’ici la pénitence donne,

T’en feront là goûter qu’elles auront produits.

Itange-toi donc, mon fils, sous le vouloir de tous,Par une humilité de jour en jour plus grande ,Trouve tout de leur part juste, facile, doux,

Et n’examine point qui parle ou qui commande;

Que ce soit ton sujet, ton maître, ou ton égal,

Qu’il te veuille du bien, ou te veuille du mal,

Reçois à cœur ouvert son ordre, ou sa prière ;Entends mêmeun coup d’œil, quand il s’adresse à toüPorte à l’exécuter une franchise entière,

Et t’en fais aussitôt une immuable loi.

Que d’autres à leur gré sur différents objetsAttachent des désirs que le succès avoue;

Qu’ils fassent vanité de tels ou tels projets ;

Que mille et mille fois le monde les en loue :

Toi, mets toute ta joie à souffrir les mépris ;

En mon seul bon plaisir unis tous tes esprits ;

Que de mon seul honneur ton âme soit ravie;

Et souhaite surtout avec sincérité

Que, soit que je t’envoie ou la mort ou là vie,

En tout ce que tu fais mon nom soit exalté.