POÉSIES DIVERSES.
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Et me vante moi-même, au lieu de m’excuser.Revenons aux chansons que l’amitié demande :
J’ai brûlé fort long-temps d’une amour assez grande *,Et que jusqu’au tombeau je dois bien estimer,Puisque ce fut par là que j’appris à rimer. .
Mon bonheur commença quand mon ame fut prise.Je gagnai de la gloire en perdant ma franchise.Charmé de deux beaux yeux, mon vers charma laEt ce que j’ai de nom je le dois à l’amour. [cour;J’adorai donc Phylis ; et la secrète estimeQue ce divin esprit faisait de notre, rimeMe fit devenir poète aussitôt qu’amoureux :
Elle eut mes premiers vers, elle eut mes premiers feux ;Et bien que maintenant cette belle inhumaineTraite mon souvenir avec un peu de haine,
Je me trouve toujours en état de l’aimer ;
Je me sens tout ému quand je l’entends nommer,
Et par le doux effet d’une prompte tendresseMon cœur sans mon aveu reconnaît sa maîtresse.Après beaucoup de vœux et de submissionsUn malheur rompt le cours de-nos affections ;
Mais, toute mon amour en elle consommée,
Je ne vois rien d’aimable après l’avoir aimée :
Aussi n’aimé-je plus, et nul objet vainqueurN’a possédé depuis ma veine ni mon cœur.
Vous le dirai-je, ami ? tant qu’ont duré nos flammes,Ma muse également chatouillait nos deux ûmes :
Elle avait sur la mienne un absolu pouvoir ;
J’aimais à le décrire, elle à le recevoir.
Une voix ravissante, ainsi que son visage,
La faisait appeler le phénix de notre ûge ;
Et souvent de sa part je me suis vu presserPour avoir de ma main de quoi mieux l’exercer.Jugez vous-même, Ariste, à cette douce amorce,
Si mon génie était pour épargner sa force :Cependant mon amour, le père de mes vers,
Le fils du plus bel œil qui fût en l'univers,
A qui désobéir c’était pour moi des crimes,
Jamais en sa faveur n’en put tirer deux rimes :
Tant mon esprit alors, contre moi révolté,
En haine des chansons semblait m’avoir quitté;Tant ma veine se trouve aux airs mal assortie,
1 II avait aimé très-passionnément une dame de Rouen,nommée madame du Pont, femme d’un maitre des comptes dela même ville, qui élait parfaitement belle, qu’il avait connuetoute petite tille pendant qu’il étudiait a Rouen, au collège desJésuites, et pour qui il fil plusieurs petites pièces de galanteriequ’il n’ajamais voulu rendre publiques, quelques instances quelui aient faites ses amis : il les brûla lui-même environ deux ansavant sa mort. Il lui communiquait la plupart de ses piècesavant de les mettre au jour ; et, comme elle avait beaucoup d’es-prit, elle les critiquait fort judicieusement; en sorte que M. Cor-neille a dit plusieurs fois qu'il lui était redevable de plusieursendroits de ses premières pièces. (CLlivres diverses de PierreCorneille; Paris, 1738, p. 144.)
Tant avec la musique elle a d’antipathie;
Tant alors de bon cœur elle renonce au jour!
Et l’amitié voudrait ce que n’a pu l’ainour!
N’y pensez plus, Ariste ; une telle injusticeExposerait ma muse à son plus grand supplice.Laissez-la toujours libre, agir suivant son choix,Céder à son caprice, et s’en faire des lois.
XV11I.
RONDEAU'.
Qu’il fasse mieux, ce jeune jouveneel,
A qui le Cid donne tant de martel,
Que d’entasser injure sur injure,
Rimer de rage une lourde imposture,
Et se cacher ainsi qu’un criminel ».
Chacun connaît son jaloux naturel,
Le montre au doigt comme un fou solennel,Et ne croit pas en sa bonne écritureQu’il fasse mieux.
Paris entier ayant vu son cartel,
L’envoie au diable, et sa muse au bordel 3 .Moi, j’ai pitié des peines qu’il endure;
Et comme ami je le prie et conjure,
I Ce rondeau fui fait par Corneille en 1037, dans le temps âi>différend qu’il eut avec Scudéri, au sujet des Observations sdfle Cid. (Œuvres div. p. 140.)
a Scudéri n’avail pas d’abord mis son nom à ses Observation 1sur le Cid : il en fut fait deux éditions sans qu’on sût de quçlj®part elles venaient. Cela se découv rit néanmoins, et les brouiu*ensemble. (Ibid.)
3 Ce terme grossier n’est pas tolérable : mais Régnier et beau-coup d’autres l’avaient employé sans scrupule. Boileau mèrb e 'dans le siècle des bienséances, en 1074 , souilla son obrf-d’e p £vre de Y Art poétique par ces deux vers, dans lesquels il cara 0 "térisait Régnier :
Heureux, si, moins hardi dans scs vers pleins de sel,
Il n’avait point traîné les muses au bordel i
Ce fut le judicieux Arnaud qui l’obligea de réformer ces deu*vers, oü l’auteur tondrait dans le défaut qu’il reprochait à %gnier.
Boileau substitua ces deux vers excellents :
Heureux, si ses discours ernints du cimste lecteur,
Ne se sentaient des lieux que fréquentait l’auteur I
II eut été à souhaiter que Corneille eût trouvé un Arnaud’!)lui eût fait supprimer son rondeau tout entier, qui est trop i" ,gne de l’auteur du Cid. (V.) — Ce mot était beaucoup I>l uS .lérable dans ce rondeau, où l’auteur emploie le style de.Maf Jqu’il ne l’eût été dans Y Art poétique de Boileau. Le teinp 9 svivait Corneille était d’ailleurs moins chaste en paroles et Pchaste en réalité que le noire. Voltaire, qui affecte, ici ce sepule, ne l’ignoruit pas; et pourtant il s’est permis en ce 111 ^genre des libertés que Corneille n’cüt jamais prises. (P-)