POESIES DIVERSES.
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Ainsi /g grand Auguste ' autrefois dans ta villeAimait à prévenir l’attente de Virgile :
Lui que j’ai fait revivre, et qui revit en toi,
En usait envers lui comme tu fais vers moi.
Certes, dans la chaleur que le ciel nous inspire,Nos vers disent souvent plus qu’ils ne pensent dire;Et ce feu qui sans nous pousse les plus heureuxNe nous explique pas tout ce qu’il fait pour eux.Quand j’ai peint un Horace, un Auguste, unPom-Assez heureusement ma muse s’est trompée ; [pée,Puisque, sans le savoir, aveeque leur portraitElle tirait du tien un admirable trait 1 .
Leurs plus hautes vertus qu’étale mon ouvrageN’y font que prendre un rang pour former ton image.Quand j’aurai peint encor tous ces vieux conquérants,Les Scipions vainqueurs, et les Catons mourants 3 ,Les Pauls, les Fabiens ; alors de tous ensembleOn en verra sortir un tout qui te ressemble;
Et l’on rassemblera de leurs pompeux débrisTon âme et ton courage, épars dans mes écrits.Souffre donc que pour guide au travail qui me reste.l’ajoute ton exemple à cette ardeur céleste,
Et que de tes vertus le portrait sans égalS’achève de ma main sur son original ;
Que j’étudie en toi ces sentiments illustresQu’a conservés ton sang à travers tant de lustres,
Et que le ciel propice, et les destins amisDe tes fameux Romains en ton âme ont transmis.Alors, de tes c.ouleurs peignant leurs aventures,
.l’en porterai si haut les brillantes peintures,
Que ta Rome elle-même, admirant mes travaux,
N’en reconnaîtra plus les vieux originaux,
Et se plaindra de moi de voir sur eux gravéesLes vertus qu’à toi seul elle avait réservées;
« Ainsi le grand Auguste. Il est triste que Corneille aitcomparé Mnzarin et Montauron à Auguste. (V.)
1 Elle lirait du tien un admirable trait. Il est encore plust riste qu’il tire ur. admirable trait du portrait du cardinal Maza-rin, en peignant Horace, César, et Pompée. (V.)
3 les Scipions achèvent cette étonnante flatterie. Boileauavait en vue ces fausses louanges prodiguées à un ministre,quand il dit à M. de Seignelai ( épitre ix) :
Si, pour faire sa cour à ton illustre père,
Seignelai, quelque auteur, d’un faux zèle emporté,
Au lieu de peindre en lui ln noble activité,
La solide vertu , la vaste intelligence ,
Le zèle pour son roi, l’ardeur, la vigilance,
La constante équité, l’amour pour les beaux-arts ,
Lui donnait des vertus d’Alexandre ou de Mars,lit, pouvant justement l’égaler à Mécène,
Le comparait an fils de Pelée ou d’Alcmène,
Ses yeux, d’un tel discours faiblement éblouis,
Bientôt dans ce tableau reconnaîtraient Louis.
Horace avait dit la même chose dans sa seizième épitre du pre-mier livre :
dl guis btila iibi terrd puynata mariqvc, etc. (V.)
Cependant qu’à l’éclat de tes propres clartésTu te reconnaîtras sous (les noms empruntés.
Mais ne te lasse point d’illuminer mon âme,
Ni de prêter ta vie à conduire ma flamme 1 ;
Et, de ces grands soucis que tu prends pour mon roi,Daigne encor quelquefois descendre jusqu’à moi.Délasse en mes écrits ta noble inquiétude 1 ;
Et tandis que, sur elle appliquant mon étude,J’emploîrai, pour te plaire, et pour te divertir,
Les talents que le ciel m’a voulu départir,
Reçois, avec les vœux de mon obéissance,
Ces vers précipités par ma reconnaissance.L’impatient transport de mon ressentimentN’a pu pour les polir m’accorder un moment.
S’ils ont moins de douceur, il en ont plus de zèle;Leur rudesse est le sceau d’une ardeur plus fidèle :Et ta bonté verra dans leur témérité,
Avec moins d’ornement, plus de sincérité.
XXII.
4 MAITRE ADAM BILLAUT,
MENUISIER PE NF.VERS,
SUR SES CHEVILLES.
SONNET 3 .
I.e dieu de Pythagore et sa métempsycoseJetant l’âme d’Orphée en un pocte français,
Par quel crime, dit-elle, ai-je offensé vos lois,
Digne du triste sort que leur rigueur m’impose ?
Les vers font bruit en France; on les loue, on en cause;Les miens en un moment auront toutes les voix;Mais j’y verrai mon homme à toute heure aux abois iSi pour gagner du pain il ne sait autre chose.
Nous savons, dirent-ils, le pourvoir d’un métier :
Il sera fameux poète et fameux menuisier,
Afin qu’un peu de bien suive beaucoup d’estime.
1 Ni de prêter la vie à conduire ma flamme. On ne pré!,®point une vie à conduire une flamme. Il veut dire ne cesse <1 c 'chauffer mon génie par tes illustres actions. (V.)
1 Délasse en mes écrits la noble inquiétude. On se délass®de ses travaux par des écrits agréables ; on ne délasse point u ninquiétude *.
Ajoutons à ces remarques qu’on peut trop flatter un cardinabet faire des tragédies pleines de sublime. (V.)
3 Ce sonnet fut imprimé au-devant des Chevilles du Menu 1 'sierde iSevers ; Paris, 1044, in-4".
■ Cette expression nous parait très-permlae en poésie. (!’.)