POÉSIES DIVERSES.
Et voir toute mon âme un peu moins obsédée;
Et vous, de qui je n’ose attendre jamais rien,
Ne ressentir jamais un mal pareil au mien !
Ainsi parla Cléandre, et ses maux se passèrent,Son feu s’évanouit, ses déplaisirs cessèrent :
Il vécut sans la dame, et vécut sans ennui,
Comme la dame ailleurs se divertit sans lui.
Heureux en son amour, si l’ardeur qui l’animeN’en conçoit les tourments que pour s’en plaindre enEt si d’un feu si beau la céleste vigueur [rime,Peut enflammer ses vers sans échauffer son cœur !
XXXVIII.
POUR UNE DAME
QUI REPRÉSENTAIT LA NUIT
EN LA COMÉDIE d’ENDYMION.
MADRIGAL ■.
Si la lune et la nuit sont bien représentées,Endymion n’était qu’un sot :
Il devait dès le premier motRenvoyer à leur ciel les cornes argentées.Ténébreuse déesse, un œil bien éclairéMans tes obscurités eût cherché sa fortune;
Ét je n’en connais point qui n’eût tôt préféréLes ombres de la nuit aux clartés de la lune.
XXXIX.
ÉLÉGIE ’.
Ris, je vais parler; c’est trop de violence.
R est temps que mon feu se dérobe au silence,
Lt qu’il fasse échapper au respect qui me nuitL’aveu du triste état où vous m’avez réduit,depuis le jour fatal que pour vous je soupire,
Mes yeux se sont cent fois chargés de vous le dire,Lt cent fois, si mon mal vous pouvait émouvoir,Leur mourante langueur vous l’aurait fait savoir :Mais les vôtres partout, certains de leur victoire,L’une obscure conquête estiment peu la gloire,
Lt veulent, pour daigner en faire part au cœur,
Que l’éclat du triomphe en apporte au vainqueur.L’est par là que, jaloux de l’orgueil qui l’inspire,
Le cœur n’a point sur moi reconnu son empire ;
Que mettant ma défaite au-dessous de ses soins,
1 en a récusé mes soupirs pour témoins,craint de s’exposer, s’il avouait mes peines,
a Recueil de Sony, cinq. part. p. 82 .p. 83.
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A rougir d’un captif indigne de vos chaînes.
Je le confesse, Iris, il n’est point parmi nousDe mérite assez haut pour aller jusqu’à vous.
A voir ce que je suis tout mon espoir chancelle ;
Mais le peu que je vaux ne vous rend pas moins belle :J’ai des yeux comme un autre à me laisser charmer,J’ai comme un autre un cœur ardent à s’enflammer;Et, dans les doux appas dont vous êtes pourvue,
J’ai dû brûler pour vous puisque je vous ai vue.
Oui, de votre beauté l’éclat impérieuxTouche aussitôt le cœur qu’il vient frapper les yeux :Ce n'est point un brillant dont la fausse lumièreNe fasse qu’éblouir au moment qu’elle éclaire;
Ce n’est point un effort de charmes impuissantsQui prennent pour appui la surprise des sens :
Quoi qu’en vous leur rapport vante d’un prix extrême,La raison convaincue y souscrit elle-même,
Et, sans appréhender de le voir démenti,
Par son propre suffrage affermit leur parti.
Alors, que ne peut point sur les plus belles âmesCe vif amas d’attraits, cette source de flammes,
Ces beaux yeux qui, portant le jour de toutes parts,Font autant de captifs qu’ils lancent de regards!Alors, que ne peut point ce pompeux assemblageDes traits les plus perçants dont bril le un beau visage,Et qui dessus le vôtre étalent hautementCequ’ailleurs cent beautés font voirdeplus charmant!Aussi, que leur adresse aux dons de la natureAjoute encor de l’art la plus douce imposture,
Que de lis empruntés leur visage soit peint,
On les verra pâlir auprès de votre teint,
Ce teint dont la blancheur, sans être mendiée,
Passe en vivacité la plus étudiée,
Et pare avec orgueil le plus brillant séjourOù les grâces jamais ayent attiré l’amour.
C’est là, c’esten vous seule, Iris, que l’on doiteroireQu’aimant à triompher, il triomphe avec gloire,
Et qu’il trouve, aussitôt de quoi s’assujettirQuiconque de ses traits s’était pu garantir.
Pour moi, je l’avoûrai, comme aucune surpriseN’avait jusques ici fait trembler ma franchise,Permettant à mes yeux l’heur de vous regarder,
Mon cœur trop imprudent ne crut rien hasarder.Ainsi de vos beautés qu’on vantait sans pareillesJe voulus à loisir contempler les merveilles;
Ainsi j’examinai tous ces riches trésorsQue prodigua le ciel à former votre corps,
Ce port noblement fier, cette taille divineQui par sa majesté marque son origine,
Seule égale à soi-même, et tellement à vousQue, la formant unique, il s’en montra jaloux.
De tant d’appas divers mon âme possédéeSe plut d’en conserver la précieuse idée :
I Je l’admirai sans cesse, et de mon souvenir