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POEMES SUR LES VICTOIRES DU ROI.
Elles diront quels soins, quels rudes exercices,
Quels travaux assidus étaient lors tes délices,
Quels secours aux blessés prodiguait ta bonté,
Quels exemples donnait ton intrépidité,
Quels rapides succès ont accru ton empire,
Et le diront bien mieux que je ne le puis dire.
C’est à moi de m’en taire, et ne pas avilirL’honneur de ces lauriers que tu viens de cueillir.
De mon génie usé la chaleur amortieA leur gloire immortelle est trop mal assortie ;
Et défigurerait tes grandes actionsPar l’indigne attentat de ses expressions.
Que ne peuvent, grand roi, tes hautes destinéesMe rendre la vigueur de mes jeunes années !
Qu’ainsi qu’autemps du Ctrl je ferais de jaloux !
Mais j’ai beau rappeler un souvenir si doux,
Ma veine, qui charmait alors tant de balustres,
N’est plus qu’un vieux torrent qu’ont tari douze lus-Et ce serait en vain qu’aux miracles du temps [très ;Je voudrais opposer l’acquis de quarante ans.
Au bout d’un carrière et si longue et si rudeOn a trop peu d’haleine et trop de lassitude ;
A force de vieillir un auteur perd son rang;
On croit ses vers glacés par la froideur du sang;
Leur dureté rebute, et leur poids incommode;
Et la seule tendresse est toujours à la mode.
Ce dégoût toutefois ni ma propre langueurNe me font pas encor tout à fait perdre cœur ;
Et, dès que je vois jour sur la scène à te peindre,
Il rallume aussitôt ce feu prêt à s’éteindre.
Mais, comme au vif éclat de tes faits inouïsSoudain mes faibles yeux demeurent éblouis,
J’y porte, au lieu de toi, ces héros dont la gloireSemble épuiser la fable et confondre l’histoire,
Et, m’en faisant un voile entre la tienne et moi,J’assure mes regards pour aller jusqu’à toi.
Ainsi de ta splendeur mon idée enrichieEn applique à leur front la clarté réfléchie,
Et forme tous leurs traits sur le moindre des tiens,Quand je veux faire honneur aux siècles anciens.
Sur mon théâtre ainsi tes vertus ébauchéesSèment ton grand portrait par pièces détachées;
Les plus sages des rois, comme les plus vaillants,
Y reçoivent de toi leurs plus dignes brillants.J’emprunte, pour en faire une pompeuse image,
Un peu de ta conduite, un peu de ton courage ;
Et j’étudie en toi ce grand art de régner,
Qu’à leur postérité je leur fais enseigner.
C’est tout ce que des ans me peut souffrir la glace :Mais j’ai d’autres moi-méme à servir en ma place,Deux fils dans ton armée, et dont l’unique emploiEst d’y porter du sang à répandre pour toi 1 :
' Voyez, aux Poésies diverses, n° LXIV, la note sur les (ils(le Corneille.
Tous deux ils tâcheront, dans l’ardeur de te plaire , 1D’aller plus loin pour toi que le nom de leur père ;Tous deux, impatients de le mieux signaler,
Ils brûleront d’agir, quand je tremble à parler ;
Et ce feu qui sans cesse eux et moi nous consumeSuppléera par l’épée au défaut de ma plume.Pardonne, grand vainqueur, à cet emportement :
Le sang prend malgré nous quelquefois son moment;D’un père pour ses fils l’amour est légitime;
Et j’ai droit pour les miens de garder quelque estime,Après qu’en leur faveur toi-même as bien vouluM’assurer que l’abord ne t’en a point déplu.
Le plus jeune a trop tôt reçu d’heureuses marquesD’avoir suivi les pas du plus grand des monarques :Mais, s’il a peu servi, si le feu des mousquetsArrêta dès Douai ses plus ardents souhaits,
Il fait gloire du lieu que perça la tempête :
Ceux qu’elle atteint au pied ne cachent pas leur tête ;Sur eux à ta fortune ils laissent tout pouvoir ;
Ils s’offrent tout entiers aux hasards du devoir.
De nouveau je m’emporte.Encore un coup pardonneCe doux égarement que le sang me redonne;
Sa flatteuse surprise aisément nous séduit ;
La pente est naturelle, avec joie on la suit;
Elle fait une aimable et prompte violence,
Dont pour me garantir je n’ai que le silence.
Grand roi, qui vois assez combien j’en suis confusSouffre que je t’admire, et ne te parle plus.
III.
TRADUCTIONS ET IMITATIONS
DE L’ÉPIGRAMME LATINE DE M. DE MONTMOIL
PREMIER MAÎTRE DES REQUÊTES DE L’iIÔTER DU ROI.
Fulminât attonitas Scaldis Lodoicus ad arces,Intrepidusque hostes terret ubique suos :
Dum tamen augustum caput objectare perictisNon timet, heu!populos terret etillcsuos-
TRADUCTION.
Sur l’Escaut étonné tu lances la tempête, . ,
Grand prince, et fais trembler partout tes ennemi’Mais, quand tu ne crains pas d’y hasarder ta tête,Tu fais trembler aussi ceux que Dieu t’a soumis-
IMITATION.
Tes glorieux périls remplissent tes projets, ,
Grand roi : mais tu fais peur aux deux partis ensenEt, si devant tes pas toute l’Espagne tremble,
Ces périls où tu cours font trembler tes sujets.