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Tome second.
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PREMIER DISCOURS

la bienséance ne le permet pas; et il suffit d’en donnerl’idée après en avoir levé tous les empêchements,sans lui en faire déterminer le jour. Ce serait unechose insupportable que Chimène en convint avecRodrigue dès le lendemain qu’il a tué son père; etRodrigue serait ridicule, s’il faisait la moindre dé-monstration de le désirer. Je dis la même chosed’Antiochus. Il ne pourrait dire de douceurs à Ro-dogune qui ne fussent de mauvaise grâce, dans l’ins-tant que sa mère se vient d’empoisonner à leurs yeux,et meurt dans la rage de n’avoir pu les faire périravec elle. Pour la comédie, Aristote ne lui imposepoint d’autre devoir pour conclusion que de rendreamis ceux qui étaient ennemis. Ce qu’il faut enten-dre un peu plus généralement que les termes ne sem-blent porter, et l’étendre à la réconciliation de toutesorte de mauvaise intelligence; comme quand un filsrentre aux bonnes grâces d’un père qu’on a vu en co-lère contre lui pour ses débauches, ce qui est unefin assez ordinaire aux anciennes comédies; ou quedeux amants, séparés par quelque fourbe qu'on leura faite, ou par quelque pouvoir dominant, se réu-nissent par l’éclaircissement de cette fourbe, ou parle consentement de ceux qui y mettaient obstacle;ce qui arrive presque toujours dans les nôtres, quin’ont que très-rarement une autre fin que des ma-riages. Nous devons toutefois prendre garde que ceconsentement ne vienne pas par un simple change-ment de volonté, mais par un événement qui en four-nisse l’occasion. Autrement il n’y aurait pas grandartifice au dénoûment d’une pièce, si, après l’avoirsoutenue, durant quatre actes, sur l’autorité d’unpère qui n’approuve point les inclinations amou-reuses de son fils ou de sa fille, il y consentait toutd'un coup au cinquième, par cette seule raison quec’est le cinquième, et que fauteur n’oserait en fairesix. Il faut un effet considérable qui l’y oblige, commesi l’amant de sa fille lui sauvait la vie en quelquerencontre où il fût près d’être assassiné par ses en-nemis; ou que, par quelque accident inespéré, il futreconnu pour être de plus grande condition, et mieuxdans la fortune qu’il ne paraissait.

Comme il est nécessaire que l’action soit complète,il faut aussi n’ajouter rien au delà; parce que, quandl’effet est arrivé, l’auditeur ne souhaite plus rien, ets’ennuie de tout le reste. Ainsi les sentiments dejoiequ’ont deux amants qui se voient réunis après delongues traverses doivent être bien courts; et je nesais pas quelle grâce a eue chez les Athéniens lacontestation de Ménélas et de l’eucer pour la sépul-ture d’Ajax, que Sophocle fait mourir au quatrièmeacte; mais je sais bien que, de notre temps, la dis-pute du même Ajax et d’Ulysse pour les armes d'A-chille après sa mort lassa fort lesoreilles, bien qu'elle

partît d’une bonne main. Je ne puis déguiser mêmeque j’ai peine encore à comprendre comment on a pusouffrir le cinquième acte de Mèlite et delà Veuve.On n’y voit les premiers acteurs que réunis ensem-ble, et ils n’y ont plus d’intérêt qu’à savoir les au-teurs de la fausseté ou de la violence qui les a sépa-rés. Cependant ils en pouvaient être déjà instruits,si je l’eusse voulu, et semblent n’être plus sur lethéâtre que pour servir de témoins au mariage deceux du second ordre; ce qui fait languir toute cettefin, où ils n’ont point de part. Je n’ose attribuer lebonheur qu’eurent ces deux comédies à l’ignorancedes préceptes, qui était assez générale en ce temps-là, d’autant que ces mêmes préceptes, bien ou malobservés, doivent faire leur effet, bon ou mauvais,sur ceux même qui, faute de les savoir, s’abandon-nent au courant des sentiments naturels : mais je nepuis que je n’avoue du moins que la vieille habitudequ’on avait alors à ne voir rien de mieux ordonné aété cause qu’on ne s’est point indigné contre ces dé-fauts, et que la nouveauté d’un genre de comédietrès-agréable, et qui jusque-là n’avait point paru surla scène, a fait qu’on a voulu trouver belles toutes lesparties d’un corps qui plaisait à la vue, bien qu’iln’eôt pas toutes ses proportions dans leur justesse.

La comédie et la tragédie se ressemblent encoreen ce que l’action qu’elles choisissent pour imiter« doit avoir une juste grandeur, c’est-à-dire 1 qu’elle« ne doit être, ni si petite qu’elle échappe à la vue« comme un atome, ni si vaste qu’elle confonde I a« mémoire de l’auditeur et égare son imagination. *C’est ainsi qu’Aristote explique cette condition dupoème, et ajoute que « pour être d’une juste grau-« deur, elle doit avoir un commencement, un wi"« lieu, et une fin. » Ces termes sont si généraux,qu’ils semblent ne signilierrien; mais, à les bien en-tendre, ils excluent les actions momentanées q 111n’ont point ces trois parties. Telle est peut-être 1*mort de la sœur d’Horace, qui se fait tout d’uncoup sans aucune préparation dans les trois actes q 111la précèdent; et je m’assure que si Cinna attends 1 ®au cinquième à conspirer contre Auguste, et q' 11consumât les quatre autres en protestations d’amoinà Æmilie, ou eu jalousies contre Maxime, cett econspiration surprenante ferait bien des révolR sdans les esprits, à qui ces quatre premiers aurai 1 ' 11 ®fait attendre tout autre chose.

1 Tout ce qu’ont dit Aristote et Corneille sur ce commentment, ce milieu et celte lin , est incontestable. Kl la rcinardde Corneille sur le meurtre de Camille par Horace est h'line ; on ne peut trop estimer la candeuret le faille d’unqui recherche un défaut dans un de ses ouvrages, élin cCi ‘des plus grandes beautés, qui trouve la pause du ce dol“ ll '>qui l'explique. (V.)