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Tome second.
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IÆ COMTE D’ESSEX, ACTE V, SCÈNE VE

Mes cris hâtent le coup que je pense arrêter.

Il se met à genoux ; déjà le fer s’apprête ;

D’un visage intrépide il présente sa tête,

Qui du tronc séparée...

ÉLISABETH.

Ah ! ne dites plus rien :

Je le sens, son trépas sera suivi du mien *.

Fière de tant d’honneurs, c’est par lui que je règne 1 ;C’est par lui qu’il n’est rien où ma grandeur n’atteigne;Par lui, par sa valeur, ou tremblants, ou défaits,

Les plus grands potentats m’ont demandé la paix ;

Et j’ai pu me résoudre... Ali! remords inutile!

Il meurt, et par toi seule, ô reine trop facile!

Après que tu dois tout à ses fameux exploits,

De son sang pour l’État répandu tant de fois,

Qui jamais eût pensé qu’un arrêt si funesteDût sur un échafaud taire verser le reste?

Sur un échafaud, ciel ! quelle horreur ! quel revers !Allons, comte; et du moins aux yeux de l’universFaisons que (l’un infâme et rigoureux suppliceLes honneurs du tombeau réparent l’injustice.

Si le ciel à mes vœux peut se laisser toucher,

Vous n’aurez pas longtemps à me la reprocher 2 3 .

1 Oui, je l’ai trop appris ; et de quelque faiblesseQue ton affection condamne ma tristesse,

Sache que mon esprit est déjà . fsolu

A souffrir le trépas que lui-même a voulu.

La CALPRBwàDB, ActeV, scène n.

2 Rien ne prouve mieux l’ignorance où le public était alors del’histoire de ses voisins. Il ne serait pas permis aujourd’hui dedire qu’Élisabeth régnait par le comte d’Essex, qui venait delaisser détruire honteusement en Irlande la seule armée qu’onlui eût jamais conliée. lln’yaguère rien de plus mauvais quela dernière tirade d’Élisabeth : Les plus grands potentats parEssex tremblants lui ont demandé la paix , après qu'elledoit tout à ses fameux exploits. Qui eût jamais pensé qu'ildût mourir sur un échafaud? Quel revers! Ou voit assezque ces froides réflexions font tout languir ; mais le derniervers est fort beau, parce qu’il est touchant et passionné. (Y.)

3 Dans le plan de l’auteur, le comte d’Essex est évidemmentcoupable, sinon de conspiration contre l'État, au moins d’unerévolte ouverte, puisqu'il a soulevé le peuple et attaqué le pa-lais les armes à la main. Il n’y a point de monarchie où ce nesoit un crime capital : comment donc peut-il parler sans cessede son innocence? 11 prétend, il est vrai, n’avoir eu d’autreprojet que d’empècher le mariage d’Henriette sa maîtresse avecle duc d’Zrlon ; mais outre qu’on ne voit pas bien que ce soulè-vement put empêcher le mariage, lui-même se croit obligé,

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pour l’honneur de la duchesse d’Irton, de cacher les motifs deson entreprise; la reine les ignore : personne n’en est instruit,excepté sonconiident Salsbury. Pourquoi donc, criminel dansle fait, et tout au plus excusable dans l’intention qu’on ne saitpas, tient-il le langage altier d’un homme qui serait irréprocha-l>le?Pourquois’obslineràne pas demander «à la reine lepardond’une faute réelle? Pourquoi dire que cette démarche, la seulequ’Êlisabeth exige de lui, le perdrait d’honneur ? Il n’y a quel’innocence qui puisse se déshonorer en demandant grâce;mais pour lui tout l’oblige à la demander quand on veut bien lalui promettre. C’est pourtant cette faute essentielle qui fait lenœud de la pièce : l’auteur l’a palliée jusqu’à un certain point,non pas aux yeux des connaisseurs, mais du moins à ceux de lamultitude, en supposant une cabale acharnée contre Essex, etqui luiprêledes complots qu’il n’a point formés, des intelligen-ces criminelles qu’il n’a pas, des lettres qu’il n’a point écrites;tandis que d’un autre côté on nous entretient continuellementdes grands services qu’il a rendus, des grandes obligations quelui a l’Angleterre et qu’Élisabeth elle-même avoue. Ce tableauen impose et produit une sorte d’illusion qui fait oublier qu’ilétait bien plus simple que ses ennemis se bornassent au seulat tentât qu’il ne peut pas désavouer, et qui suflit pour sa con-damnation. Mais s’il a tort de se refuser avec tant de hauteur àrecourir à la clémence de la reine, on ne voit pas mieux pour-quoi, dans les dispositions où elle est à son égard, elle s’obstineaussi à exiger qu’il demande grâce, et à faire dépendre de cettesoumission la vie d’un sujet qu’elle aime, et l’honneur de sacouronne. En quoi cet honneur serait-il compromis, dans lecas où le souvenir des services du comte la déterminerait à ou-blier sa faute? Ce motif n’est-il pas suffisant, et a-t-il quelquechose qui dégrade la souveraineté? L’intrigue n’est donc ap-puyée que sur des ressorts faux qui amènent des déclamations.Voilà ce que lacritique ne peut excuser dans cet ouvrage; maisen même temps elle avoue que le rôle du comte d'Essex, telque le poète l’a présenté, ne laisse pas d’avoir de l’intérêt-Nous avons vu ce qu’il est aux yeux de la raison; il est juste demontrer sous quels rapports il parvient quelquefois à touêheriocœur. C’est l’amour seul, et un amour malheureux, qui lui afait commettre une faute, et la haine en profite pour le perdre,en y joignant des attentats supposés. Sous ce point de vue, sadisgrâce est d’autant plus digne de pitié, que la conduite de sesennemis excite plus d’indignation. Ladélicatesse qui l’empêched’avouer que son amour pour la duchesse d’Irton est la seulecause de son imprudente révolte, sert encore à le rendre inté-ressant; c’est une scène touchante, que celle où la duchesseprend le parti de révéler sa faiblesse à Élisabeth, et la passionque le comte a pour elle. Cette même Élisabeth, qui d’abord neparait qu’un personnage de roman lorsqu’elle veut absolumentqu’Essex l’aime sans aucune espérance, nous émeut et nousattendrit quand elle dit à sa rivale :

Duchesse, c’en est fait : qu’il vive, j'y consens...

Enfin, les spectateurs se prêtent à l’idée qu’on leur donne ducomte d’Essex, plaignent en lui l’abaissement d’une grandefortune, une disgrâce qu’on leur fait paraître injuste et cruelle,et (fui est supportée avec un grand courage. La pitié a donc faitréussir cet ouvrage, malgré les défauts du plan et la faiblessedu style, et rien ne prouve mieux combien ce ressort est puis-sant, puisque, même avec une exécution si médiocre, il peutracheter tant de fautes. (La H.)

FIN DU COMTE DESSF.X.