DISCOURS ACADÉMIQUES.
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ses qui seraient trop a votre avantage, vous ne devezattendre de moi qu’un épanchement de cœur quivous fasse voir la part que je prends au bonheur quivous arrive, et non des louanges.
M’abandonnerai-je à ce qu’ils m’inspirent ? Laproximité du sang, la tendre amitié que j’ai pourvous, la supériorité que me donne l’àge : tout sem-ble me le permettre, et vous le devez souffrir ; j’iraijusques à vous donner des conseils, au lieu de vousdire que celui quia si bien fait parler les morts, n’é-tait pas indigne d’entrer en commerce avec d’illus-tres vivants ; au lieu de vous applaudir sur cet agréa-ble arrangement de différents mondes dont vousnous avez offert le spectacle, sur cet art si difficile,et qu’il me paraît que le public trouve en vous si na-turel , de donner de l’agrément aux matières les plussèches, je vous dirai que quelque gloire que vousaient acquise, dès vos plus jeunes années, les talentsqui vous distinguent, vous devez les regarder, nonpas comme des dons assez forts de la nature pourvous faire atteindre, sans autre secours que de vous-même , à la perfection du mérite que je vous sou-haite , mais comme d’heureuses dispositions qui vousy peuvent conduire. Cherchez avec soin, pour yparvenir, les lumières qui vous manquent. Le choixqu’on a fait de vous vous met en état de les puiserdans leur source.
En effet, rien ne vous les peut fournir si abon-damment que les conférences d’une compagnie où,si vous m’en exceptez, vous ne trouverez que de cesgénies sublimes à qui l’immortalité est due. Tout cequ’on peut acquérir de connaissances utiles pour lesbelles-lettres, l’éloquence, la poésie, l’art de bientraiter l’histoire, ils le possèdent dans le degré le pluséminent; et quand un peu de pratique vous aura fa-cilité les moyens de connaître à fond tout le méritede ces célèbres modernes, peut-être serez-vous au-torisé, je ne dis pas à les préférer, mais à ne les pastrouver indignes d’être comparés aux anciens.
Ce n’est pas que quelque juste que cette louangepuisse être pour eux, ils ne la regardent comme unelouange qui ne leur saurait appartenir. Ils ne l’écou-tent qu’avec répugnance, et la vénération que l’ondoit à ceux qui nous ont tracé la voie dans le cheminde l’esprit, s’il m’est permis de me servir de ces ter-mes, prévaut en eux contre eux-mêmes en faveurde ces grands hommes dont les excellents ouvrages,toujours admirés de toutes les nations, ont passéjusqu’à nous, malgré un nombre infini d’années,comme des originaux qu’on ne peut trop estimer.Mais pourquoi nous sera-t-il défendu de croire quedans les arts et dans les sciences les modernes puis-sent aller .aussi loin que les anciens, puisqu’il estcertain, en matière de héros, que toute l'antiquité,
cette antiquité si vénérable, n’a rien que l’on puissecomparer à celui de notre siècle?
Quel amas de gloire se présente à vous, messieurs,à la simple idée que. je vous en donne! N’entronspoint dans cette foule d’actions brillantes : l’éclattrop vif ne peut que nous éblouir. N’examinons pointtous ces surprenants prodiges dont chaque annéede son règne se trouve marquée. Les César, lesAlexandre ont besoin que l’on rappelle tout ce qu’ilsont fait pendant leur vie, pour paraître dignes deleur réputation; mais il n’en est pas de même deLouis le Grand. Quand nous pourrions oublier cetlelongue suite d’événements merveilleux qui sont l’ef-fet d’une intelligence incompréhensible, l’hérésie dé-truite, la protection qu’il donne seul aux rois oppri-més, trois batailles gagnées encore depuis peu dansune même campagne, il nous suffirait de regarderce qu’il vient défaire, pour demeurer convaincusqu’il est le plus grand de tous les hommes.
Sûr des conquêtes qu'il voudra tenter, il donne lapaix à toute l’Europe. L’envie en frémit, la jalousiequi saisit des puissances redoutables, ne peut souf-frir le triomphe que lui assure une si haute vertu.Sa grandeur les blesse : il faut l’affaiblir. Un nombreinfini de princes, qui ne possèdent encore leurs Étatsque parce qu’il a dédaigné de les attaquer, osent ou-blier ce qu’ils lui doivent, pour entrer dans une li-gue , où ils s’imaginent que leurs forces jointes seronten état d’ébranler une puissance qui a jusque-là ré-sisté à tout. Que les ennemis de la chrétienté se res-saisissent de tout un royaume qu’ils n’ont perdu quepar cette paix qui a donné lieu aux avantages qu’ona remportés sur eux, n’importe : il n’y a rien qui nesoit à préférer au chagrin insupportable de voir cemonarque jouir de sa gloire. Les alliés se résolvent àprendre les armes, et des princes catholiques, l’Es-pagne même, que sa sévère inquisition rend si re-nommée sur son exactitude à punir les moindresfautes qui puissent blesser la religion, ne font pointdifficulté de renouveler la guerre, pour appuyerles desseins d’un prince à qui toutes les religions pa-raissent indifférentes, pourvu qu’il nuise à la vérita-ble; qui, pour se placer au trône, ose violer les plussaintes lois de la nature, et qui ne s’est rendu redou-table que parce qu’il a trouvé autant d’aveuglementdans ceux qui l’élèvent, qu’il y a d’injustice danstous les projets qu’il forme.
Voyons les fruits de cette union : des pertes con-tinuelles, et tous les jours des malheurs à craindre,plus grands que ceux qu’ils ont déjà éprouvés. Il fautpourtant faire un dernier effort pour arrêter les gé-missements des peuples, à qui de dures exactionsfont ouvrir les yeux sur leur esclavage. On marquele lieu et le temps d’une assemblée. Des souverains,