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Tome V.
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5$ LETTRES DE RACINEmême m'en empêcher. Vous savez que les blessuresdu cœur demandent toujours quelque confident àqui l'on puisse s'en plaindre; et si j'en avois unede cette nature, je ne m’en plaindrois jamais qu’àvous. Mais, Dieu merci, je suis libre encore 1 ; etsi je quittois ce pays, je reporterais mon cœuraussi sain et aussi entier que je l’ai apporté : je vousdirai pourtant une assez plaisante rencontre à cesujet.

Il y a ici une demoiselle fort bien faite et d’unetaille fort avantageuse ; elle passe pour une des plussages, et je connois beaucoup de jeunes gens quisoupirent pour elle du fond de leur cœur. Je nel avois jamais vue que de cinq ou six pas, et jel’avois toujours trouvée fort belle; son teint me pa-roissoit vif et éclatant, les yeux grands et d un beaunoir. J'en avois toujours quelque idée assez tendreet assez approchante d'une inclination ; mais je nela voyois qu’à l’église, car je suis très solitaire. Enfinje voulus voir si je n’étois point trompé dans l’idéeque j avois d’elle, et j’en trouvai une occasion forthonnête. Je m’approchai d’elle, et lui parlai; jen avois d’autre dessein que de voir quelle réponseelle me feroit. Elle me répondit d'un air fort douxet fort obligeant : mais en l'envisageant je fus fortinterdit, je remarquai sur son visage des taches

1 C’est ce qu’il a pu toujours dire, malgré la vivacitéde son caractère ; l’amour de l'étude l’a sauvé desdangers.