64 LETTRES DE RACINE
que cet homme-là est né pour ruiner toutes mesaffaires.
On fait ici la moisson : on voit un tas de mois-sonneurs, rôtis du soleil, qui travaillent comme desdémons; et quand ils sont hors d’haleine, ils sejettent à terre au soleil même, donnent un moment,et se relèvent aussitôt. Je ne vois cela que de mesfenêtres ; je ne pourvois être un moment dehorssans mourir , l’air est aussi chaud que dans un fourallumé. Pour m’achever, je suis tout le jour étourdid’une infinité de cigales, qui ne font que chanterde tous côtés » mais d’un chant le plus perçaut etle plus importundumonde.Si j’avois autantd’au-toritc sur elles qu’en avoit le bon saint François,je 11 e leur dirois pas comme lui : Chaulez , ma sœurla cigale; mais je les prierois Lien fort de s'enaller faire un tour jusqu’à la Ferté-Milon , si vousy êtes encore, pour vous faire part d’une si belleharmonie.
Notre évêque a toujours son projet de réforme;mais il appréhende d’aliéner les espiits de la pro-vince: il se voit déjà désert, ce qui le fâche; il recon-noît bien qu’on ne fait la cour dans ce pays-ci qu’àceux dont on attend du bien. S’il établit une foi« laréforme, il sera abandonné même de ses valets.Onlui impute qu’il aime à dominer, et qu’il aime mieuxavoir dans son église des moines dont il prétenddisposer, quoique peut-être il se trompe, que deschanoines séculiers qui le portent un peu plus haut.Les politiques en ces sortes d'affaires disent que