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Tome V.
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sSo LETTRES DERACINEd’un grand d’Espagne, qu’on nomme le comte deLemos. Celui qui le tua étoit un des grenadiers àcheval, nommé Sans-raison. Voilà un vrai nom degrenadier. L’Espagnol lui demanda quartier, et luipromit cent pîstoles, lui montrant même sa bourseoù il j en avoit trente-cinq. Le grenadier, quivenoit de voir tuer le lieutenant de sa compagnie,qui étoit un fort brave homme, ne voulut pointfaire de quartier, et tua son Espagnol. Les ennemisenvoyèrent demander le corps, qui leur fut rendu,et le grenadier Sans-raison rendit aussi les trente-cinq pistoles qu’il avoit prises au mort, en disant :« Tenez, voilà son argent, dont je ne veux point;les grenadiers 11e mettent la main sur les gens quepour les tuer. » Vous ne trouverez point peut-êtreces détails dans les relations que vous lirez; et jem'assure que vous les aimerez bien autant qu’unesupputation exacte du nom des bataillons, et dechaque compagnie des gens détachés , ce queM. l’abbé Dangeau ne manqueroit pas de recher-cher très curieusement.

Je vous ai parlé du lieutenant de la compagniedes grenadiers qui fut tué, et dont Sans- raisonvengea la mort. Vous ne serez peut-être pas fâchéde savoir qu’on lui trouva un cilice sur le corps.Il étoit d’une piété singulière, et avoit même faitses dévotions le jour d’auparavant. Respecté detoute l’armée pour sa valeur, accompagnée d’unedouceur et d’une sagesse merveilleuse. Le roi l’esti-moit beaucoup, et a dit, après sa mort,que c’étoit