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wick, le dernier et le plus illustre exemple de l'hospitalitéféodale, nourrissait journellement dans ses terres jusqu’àtrente mille personnesL Quand il tenait maison à Londres,ses vassaux et ses amis consommaient six bœufs par rppas‘ 2 .Cette fortune colossale était soutenue par tous les talentsd’un chef de parti. Son intrépidité était étrangère au pointd’honneur chevaleresque; cet homme, qu’on avait vu atta-quer une flotte double de la sienne \ fuyajt souvent sansrougir 4 lorsqu’il voyait plier les siens. Impitoyable pourles nobles, il épargnait le peuple dans les batailles. Com-ment s’étonner qu’il ait mérité le surnom de faiseur rierois ?
La cour, déjà si faible contre de tels hommes, aggravaitencore, comme à plaisir, lé mécontentement du peuple.Lorsque la haine des Anglais contre la France était aigriepar tant de revers, on leur donna une reine française. Labelle Marguerite d’Anjou, fille du roi Réné de Provence,devait porter en Angleterre l’esprit héroïque de sa famille,mais non ses douces vertus. Henri achète sa main par la ces-sion du Maine et de l’Anjou; au lieu de recevoir une dot, ilen donne une. Un an s’écoule à peine depuis ce mariage, etl’oncle du roi, le bon duc de Glocester, que la nation ado-rait parce qu’il voulait toujours la guerre, est trouvé mortdans son lit. Les mauvaises nouvelles arrivent de Francecoup sur coup ; on s’indigne encore de la perte du Maine etde l’Anjou, et l’on apprend que Rouen, que la Normandieentière est aux Français; leur armée ne trouve en Guienneaucune résistance. Pas un soldat n’est envoyé d’Angleterfe,pas un gouverneur n’essaie de résister, et, au mois d’août1451, l’Angleterre n’a plus sur le continent que la ville deCalais.
L’orgueil national, si cruellement humilié, commença àchercher un vengeur. Les regards se tournèrent vers Richardd'York, dont les droits, prescrits, il est vrai, depuis long-
4 Hume.— 8 Lingard. tom. v, pag. 281. — > J.ingard, pag. 232.—* Comines, iîv. ni, chap. vu.