( M )
sant ouvrir les veines à son jeune frère. Les favoris triom-phaient; le maçon ou architecte Cochrane osa se faire donnerla dépouille de sa victime, et prendre le titre de comte deMar. Telle était sa confiance dans l’avenir, qu’en mettanten circulation une monnaie de faux aloi, il avait dit : « Avant« que ma monnaie soit retirée, je serai pendu. » Il le fut eneffet. Les nobles saisirent les favoris sous les yeux du roi, etles pendirent au pont de Lawder. Quelque temps après,ils s’attaquèrent au roi même, et formèrent une confédéra-tion, la plus vaste qui eût jamais menacé le trône d’Ecosse[1488]. Jacques avait encore pour lui les barons du nord etde l’ouest, mais il s’enfuit au premier choc, et tomba decheval dans un ruisseau. Porté dans un moulin voisin, ildemanda un confesseur; le prêtre qui se présenta était duparti ennemi; il reçut sa confession et le poignarda 1 .
Jacques IV, que les mécontents élevèrent sur le trône deson père, eut un règne plus heureux. Les barons lui obéirentmoins comme à leur roi que comme au plus brillant cheva-lier du royaume. Il consomma la ruine du lord des îles enréunissant les Hébrides à la couronne ; il établit des coursde justice royale dans tout le nord du royaume. Négligé parles Français, Jacques IV s’était allié au roi d’AngleterreHenri VII. Lorsque Henri VIII envahit la France, Louis XIIréclama le secours des Écossais; Anne de Bretagne envoyason anneau à leur roi, le désignant pour son chevalier. Jac-ques se serait accusé de déloyauté s’il n’eût secouru unereine suppliante. Tous les lords, tous les barons d’Écosse lesuivirent dans cette expédition romanesque. Mais il perditun temps précieux près de Flowden, dans le château demistress Héron, où il resta comme enchanté. Réveillé parl’arrivée de l’armée anglaise, il fut vaincu malgré sa valeur,et toute sa noblesse se fit tuer avec lui [1513]. La mort dedouze comtes, de treize lords, de cinq fils aînés de pairs,d’une foule de barons et de dix mille soldats, livra pour toutle siècle l’Écosse épuisée aux intrigues de la France et del’Angleterre.
* Pinkerton, 1. 1 , pag. 335.