Buch 
Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
Entstehung
Seite
52
JPEG-Download
 

( S2 )

et particulièrement pour Ferdinand, que, malgré toute s ^ esintrigues de ce dernier, qui voulait la régence, ils se ral-lièrent à larchiduc dès quil aborda en Espagne. La con-duite de Philippe fut dabord populaire; il arrêta les vio-lences de linquisition, qui allaient exciter un soulèvementgénéral *; mais il déposa tous les corrégidors, tous les gou-verneurs de villes, pour donner leurs places à ses Flamands;enfin il voulut faire renfermer, comme folle, dona Juana,dont la faible raison était égarée par la jalousie. Philippemourut bientôt [1506]. Cependant Ferdinand neût pu en-core gouverner la Castille, sil n'eût été appuyé par le con-fesseur et le ministre dIsabelle, le célèbre Ximénès de Cis-neros, archevêque de Tolède, en qui la Castille admirait à lafois un politique et un saint. Cétait un pauvre moine quelarchevêque de Grenade avait donné à Isabelle pour con-fesseur et pour conseiller. Létonnement avait été grand àla cour lorsquon y vit paraître cet homme du désert, dontla pâleur et l'austérité rappelaient les Paid et les Jîila-rion 2 . Au milieu même des grandeurs, il observait rigou-reusement la règle de saint François, voyageant à pied etmendiant sa nourriture. Il fallut un ordre du pape pourlobliger daccepter larchevêché de Tolède, et pour le forcerà vivre dune manière convenable à lopulence du plus richebénéfice de lEspagne. Il se résigna à porter des fourruresprécieuses, mais par-dessus la serge; orna ses appartementsde lits magnifiques et continua de coucher sur le plancher.Cette vie humble et austère lui laissait dans les affaires lagrandeur hautaine du caractère espagnol; les nobles, quilécrasait, ne pouvaient sempêcher dadmirer son courage.Un acte aurait brouillé Ferdinand et son gendre, Ximénèsosa le déchirer. Comme il traversait une place pendant uncombat de taureaux, lanimal furieux fut lâché, et blessaquelques-uns des siens, sans lui faire hâter le pas 3 .

1 Mariana, Iiv. xxvm. 2 Pétri Martyris Anglerii epist.

* Gomeciiis, de rebus gestis à Fr. Ximenio Cisnerio ; 1569,fol. 2, 3, 713, 64, 66,