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court, premier écuyer. En même temps il chargea le sieurde Vitry, capitaine de ses gardes, d’aller au palais faire dili-genter les apprêts qui s’y faisoient pour l’entrée de la reine,et fit demeurer ses gardes au Louvre. De façon que le royne fut suivi que d’un petit nombre de gentilshommes à che-val, et quelques valets de pied. Le carrosse étoit malheu-reusement ouvert de chaque portière, parce qu’il faisoit beautemps, et que le roy vouloit voir en passant les préparatifsqu’on faisoit dans la ville. Son carrosse entrant de la rueSaint-Honoré dans celle de la Ferronnerie, trouva d’un côtéun chariot chargé de vin, et de l’autre côté un autre chargéde foin, lesquels faisoient embarras; il fut contraint des’arrêter, à cause que la rue est fort étroite, par les bou-tiques qui sont bâties contre la muraille du cimetière desSaints-Innocens.
« Dans cet embarras, une grande partie des valets de piedpassa dans le cimetière pour courir plus à l’aise, et devan-cer le carrosse du roy au bout de ladite rue. De deux seulsvalets de pied qui avoient suivi le carrosse, l’un s’avançapour détourner cet embarras, et l’autre s’abaissa pour re-nouer sa jarretière, lorsqu’un scélérat sorti des enfers, ap-pelé François Ravaillac, natif d’Angouléme, qui avoiteuletemps, pendant cet embarras, de remarquer lé côté où étoitle roy, monte sur la roue dudit carrosse, et d’un couteautranchant de deux côtés, lui porte un coup entre la secondeet la troisième côte, un peu au-dessus du cœur, qui a faitque le roy s’est écrié : « Je suis blessé ! » Mais le scélérat,sans s’effrayer, a redoublé et l’a frappé d’un second coup dansle cœur, dont le roy est mort, sans avoir pu jeter qu’un grandsoupir. Ce second a été suivi d’un troisième, tant le parri-cide étoit animé contre son roy, mais qui n’a porté que dansla manche du duc de Montbazon.
« Chose surprenante ! nul des seigneurs qui étoient dansle carrosse n’a vu frapper le roy : et si ce monstre d’enfer eûtjeté son couteau, on n’eût sçu à qui s’en prendre. Mais ils’est tenu là comme pour se faire voir, et pour se glorifierdu plus grand des assassinats 1 . »
' L’Étoile, tom. xl vin, p. 417-450.