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leux Waldstein qu’il avait chassé. Longtemps il vit commeà ses pieds l’Empereur et les catholiques : il se trouvait,disait-il, trop heureux dans la retraite. On ne put vaincrecette modération philosophique qu’en lui donnant dansl’Empire un pouvoir à peu près égal à celui de l’Em-pereur.
A ce prix il sauva la Bohême et marcha sur Nurembergpour arrêter les armes de Gustave. Ce fut alors un grandétonnement dans l’Europe, lorsque l’on vit pendant troismois ces deux hommes invincibles camper en face l’un del’autre sans profiter d’une occasion tant attendue. Wald-stein se mit erifin en mouvement, et fut rejoint près deLutzcn par le roi de Suède. Gustave attaqua, voulant dé-fendre l’électeur de Saxe. Après plusieurs charges, le roi,trompé par le brouillard se jeta devant les rangs ennemiset tomba frappé de deux balles. LeducdeSaxe-Lauenbourg,qui passa ensuite aux Impériaux, se trouvait derrière luiau moment fatal et fut accusé de sa mort. On envoya àVienne le juste-au-corps de buffle que portait le hérossuédois [1632]. L’Europe pleura Gustave; mais pourquoi?Peut-être mourut-il à temps pour sa gloire. Il avait sauvél’Aile:; agne et n’avait pas eu le temps de l’opprimer. Iln’avait point rendu le Palatinat à l'électeur dépouillé; ildestinait Mayence à son chancelier Oxenstierna ; ii avaittémoigné du goût pour la résidence d'Augébourg, qui se-rait devenu le siège d’un nouvel empire.
Pendant que l’habile Oxenstierna continuait la guerre etse faisait déclarer à Heilbron chef de la ligue des cercles deFranconie, de Souabe et du Rhin, Waldstein restait enBohême, dans une formidable inaction. C’était pour luique Gustave semblait avoir travaillé en abattant par toutel’Allemagne le parti impérial. II l’avait servi et par ses vic-toires et par sa mort. L’Allemagne, avait dit Walstein, nepeut contenir deux hommes comme nous. Depuis la mortde Gustave, il était seul. Enfermé dans son palais de Prague,avec un train royal, entouré d’une foule d’aventuriers quis’étaient donnés à sa fortune, il épiait l’occasion. Cet homme