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guerre fut d’abord difficile, Les impériaux entrèrent par laBourgogne, et les Espagnols par la Picardie. Ils n’étaientplus qu’à trente lieues de Paris. On déménageait; le ministrelui-même semblait avoir perdu la tête. Les Espagnols furentrepoussés [1636]. Bernard de Weimar gagna, au profit dela France, ses belles batailles de Rhinfeldetde Brisach;Bri-sach,Fribourg,ces places imprenables, furent prises pourtant.La tentation devenait forte pour Bernard; il souhaitait, avecl’argent de la France, se former une petite souveraineté surle Rhin; son maître, le grand Gustave, n’en avait pas eu letemps; Bernard ne l’eut pas davantage. Il mourut à trente-six ans, fort à propos pour la Franceet pourRichelieu (1639).
L’année suivante [1640], le cardinal trouva moyen desimplifier la guerre. Ce fut d'en créer une à l’Espagne chezelle, et plus d’une. L’est et l’ouest, la Catalogne et le Por-tugal, prirent feu en même temps. Les Catalans se mirentsousl a protection de la France. L’Espagne voulait faire commeRichelieu, lui ménager chez lui une bonne guerre intérieure.Elle traitait avec Gaston, avec les grands. Le comte de Sois-sons, qui fit feu avant l’ordre, fut obligé de se sauver chezles Espagnols, et fut tué en combattant pour eux près deSedan [1641]. La faction ne se découragea pas; un nouveaucomplot fut tramé, de concert avec l’Espagne. Le jeuneCinq-Mars grand écuyer et favori de Louis XIII, s’y jetaavec l’étourderie qui avait perdu Chalais. Le discret de ïhou,fils de l’historien, sut l’affaire et ne dit mot. Le roi lui-même n’ignorait pas qu’on tramait la perte du ministre.Celui-ci, qui était alors bien malade, semblait perdu sansressource. Ayant pourtant réussi à se procurer.une copiede leur traité avec l'étranger, il eut encore le temps de fairele procès à ses ennemis avant de mourir. Il fit couper latète à Cinq-Mars et à de Thou; le duc de Bouillon, qui avaitdéjà le couteau sur la gorge, se racheta en rendant sa villede Sedan, le foyer de toutes les intrigues. A l’autre bout dela France, Richelieu prenait en même temps Perpignan auxEspagnols. Ces deux places furent un legs du cardinal à laFrance, qu’elles couvrent au nord et au midi. La même an-née mourut le grand homme [1642].