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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT II.

Qui vent, le fer en main, convertir les mortels,

Qui du sang hérétique arrose les autels ,

Et, suivant un faux zele, ou l’intérêt, pour guides,Ne sert un Dieu de paix que par des homicides ïPlût à ce Dieu puissant, dont je cherche la loi,Que la cour des Valois eût pensé comme moi îMais l’un et l’autre Guise ont eu moins de scrupule.Ces chefs ambitieux d’un peuple trop crédule,Couvrant leurs intérêts de l'intérêt des cieux,

Ont conduit dans le piege un peuple furieux,

Ont armé contre moi sa piété cruelle.

J’ai vu nos citoyens s’égorger avec zele ,

Et, la flamme à la main, courir dans les combats ,Pour de vains arguments qu’ils ne comprenaient pas.Vous connaissez le peuple, et savez ce qu’il ose,Quand, du ciel outragé pensant venger la cause,

Les yeux ceints du bandeau de la religion,lia rompu le frein de la soumission.

Vous le savez, madame ; et votre prévoyanceEtouffa dès long-temps ce mal en sa naissance.L’orage en vos états à peine était formé ;

Vos soins l’avaient prévu, vos vertus l’ont calmé :Vous régnez ; Londre est libre, et vos lois florissantes»Médicis a suivi des routes différentes.

Peut-être que, sensible à ces tristes récits,

Vous me demanderez quelle était Médicis.

Vous l’apprendrez du moins d’une bouche ingénue.Beaucoup en ont parlé ; mais peu l’ont bien connue ;Peu de son cœur profond ont sondé les replis.

Pour moi, nourri vingt ans à la cour de ses fils,

Qui vingt ans' sous ses pas vis les orages naître,

J’ai trop, à mes périls, appris à la connaître.

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