Buch 
La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
Entstehung
Seite
65
JPEG-Download
 

65

CHANT III.

Je courus le combattre au lieu de le venger.

De la ligue, en cent lieux, les villes alarmées,

Contre moi, dans la France enfantaient des armées:Joyeuse, avec ardeur, venait fondre sur moi,Ministre impétueux des faiblesses du roi.

Guise, dont la prudence égalait le courage,Dispersait mes amis, leur fermait le passage.D’armes et d’ennemis pressé de toutes parts,

Je les défiai tous, et tentai les hasards.

Je cherchai dans Coutras ce superbe Joyeuse.Vous savez sa défaite, et sa fin malheureuse:

Je dois vous épargner des récits superflus.

Non, je ne reçois point vos modestes refus :

Non, ne me privez point, dit l’auguste princesse,D’un récit qui m’éclaire autant qu’il m’intéresse:N’oubliez point ce jour, ce grand jour de Coutras,Vos travaux, vos vertus, Joyeuse ,et sou trépas.L’auteur de tant d’exploits doitseul me les apprendre;Et peut-être je suis digne de les entendre.

Elle dit. Le héros, à ce discours flatteur,

Sentit couvrir son front d’une noble rougeur ;

Et réduit, à regret, à parler de sa gloire,

Il poursuivit ainsi cette fatale histoire :

De tous les favoris qu’idolâtrait Valois,

Qui flattaient sa mollesse , et lui donnaient des lois,Joyeuse, né d’un sang chez les Français insigne,D’une faveur si haute était le moins indigne :

Il avait des vertus; et si de ses beaux joutsLa Parque, en ce combat, n’eût abrégé le cours,

Sans doute aux grands exploits son ame accoutuméeAurait de Guise, un jour, atteiut la renommée.

Mais nourri'jusqu’alors au milieu de la cour,