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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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9* LA HENRIADE.

Cet ordre respecté fleurissait dans la France,

Protégé par les rois, paisible , heureux enfinSi le traître Clément n’eùt été dans son sein.

Clément dans lafcetraite avait, dès son jeune âge,Porté les noirs accès d’une vertu sauvage.

Esprit faible et crédule en sa dévotion,

Il suivait le torrent de la rébellion.

Sur ce jeune insensé la discorde fataleRépandit le venin de sa bouche infernale.

Prosterné, chaque jour, au pied des saints autels,

Il fatiguait les cieux de ses vœux criminels.

On dit que, tout souillé de cendre et de poussière ,Un jour il prononça cette horrible priere:

Dieu, qui venges l’église et punis les tyrans, *

Te verra-t-on sans cesse accabler tes enfants,

Et, d’un roi qui t’outrage armant les mains impures,Favoriser le meurtre, et bénir les parjures ?

Grand Dieu ! par tes fléaux c'est trop nous éprouver ;Contre tes ennemis daigne enfin t’ëlever*;

Détourne loin de nous la mort et la misere ;Délivre-nous d’un roi donné dans ta colere :

Tiens, des cieux irrités abaisse la hauteur,

Fais marcher devant toi l’ange exterminateur;

Tiens, descends, arme-toi ? que ta foudre enflamméeFrappe, écrase à nos yeux leur sacrilege armée ;

Que les chefs, les soldats, les deux rois expirants,Tombent comme la feuille éparse au gré des vents;Et que, sauvés par toi, nos ligueurs catholiquesSur leurs corps tout sanglants t’adressent leurs can-tiques !

La discorde attentive, en traversant les airs,Entend ces cris affreux, et les porte aux enfers.