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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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I 20

LA HENRIADE.

Des antiques Persans les secrets successeurs ,

De Zoroastre encore aveugles sectateurs ;

Les pâles habitants de ces froides contréesQu’assiegent de glaçons les mers liyperborées;

Ceux qui de l’Amérique habitent les forets,

De l’erreur invincible innombrables sujets.

Le dervis étonné, d’une vue inquiété ,

A la droite de Dieu cherche en vain son prophète.

Le bonze, avec des yeux sombres et pénitents,

Y vient vanter en vain ses vœux et ses tourments.

Eclairés à l’instant, ces morts dans le silenceAttendent, en tremblant, l’éternelle sentence.

Dieu, qui voit à la fois, entend et connaît tout,

D’un coup-d’œil les punit, d’un coup-d’œil les absout.Henri n’approcha point vers le trône invisibleD’où part à chaque instant ce jugement terrible,

Où Dieu prononce à tous ses arrêts éternels ,Qu’osent prévoir en vain tant d’orgueilleux mortels.« Quelle est, disait Henri, s’interrogeant lui-même ,Quelle est de Dieu sur eux la justice suprême?

Ce Dieu les punit-il d’avoir fermé leurs yeuxAux clartés que lui-même il plaça si loin d’eux ?Pourrait-il les juger, tel qu’un injuste maître,

Sur la loi des chrétiens qu’ils n’avaient pu connaître?Non. Dieu nous a créés, Dieu nous veut sauver tous.Par-tout il nous instruit, par-tout il parle à nous ;

Il grave en tous les cœurs la loi de la nature,

Seule à jamais la même, et seule toujours pure.

Sur cette loi, sans doute , il juge les païens ;

Et, si leur cœur fut j uste, ils ont été chrétiens. »Tandis que du héros la raison confondueP Drtait sur ce mystère une indiscrète vue,