Buch 
La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
Entstehung
Seite
137
JPEG-Download
 

CHANT YIII. i3 7

Le malheureux deNesle, et l’heureux Lesdiguieres ;D’Ailly, pour qui ce jour fut un jour trop fatal.Tous ces héros en fonle attendaient le signal,

■'"t, rangés près du roi, lisaient sur son visageD’un triomphe certain l’espoir et le présage.

Mayenne, en ce moment, inquiet, abattu,

Dans son cœur étonné cherche en vain sa vertu :

Soit que, de son parti connaissant l’injustice,

Il ne crut point le ciel à ses armes propice ;

Soit que l’ame, en effet, ait des pressentiments,Avant-coureurs certains des grands, évènements.

Ce héros, cependant, maître de sa faiblesse,Déguisait ses chagrins sous sa fausse alégresse.

Il s’excite, il s’empresse, il inspire aux soldatsCet espoir généreux que lui-même il n’a pas.

D’Egmont auprès de lui, plein de la confianceQue dans un jeune cœur fait naître l’imprudence,Impatient déjà d’exercer sa valeur,

De l’incertain Mayenne accusait la lenteur.

Tel qu’échappé du sein d’un riant pâturage,

Au bruit de la trompette animant son courage,

Dans les champs delà Thrace un coursier orgueilleux,Indocile, inquiet, plein d’un feu belliqueux,

Levant les crins mouvants de sa tête superbe,Impatient du frein, vole et bondit sur l’herbe ;

Tel paraissait Egmont: une noble fureurEclate dans ses yeux, et brûle dans son cœur.

Il s’entretient déjà de sa prochaine gloire;

Il croit que son destin commande à la victoire.

Hélas ! il ne sait point que son fatal orgueilDans les plaines d’Ivry lui prépare un cercueil:

Vers les ligueurs enfin le grand Henri s’avance;