i 7 * LA HENRIADE.
A Non pour leur arracher d’inutiles trésors ,
Non pour aller ravir, d’une main adultéré,
Une fille éplorée à sa tremblante mere :
De la cruelle faim le besoin consumantFait expirer en eux tout autre sentiment ;
Et d’un peu d’aliments la découverte heureuseEtait l’unique but de leur recherche affreuse.
Il n’est point de tourment, de supplice et d’horreur,Que, pour en découvrir, n’inventât leur fureur.
Une femme, (^rand Dieu! faut-il a la mémoireConserver le récit de cette horrible histoire ? )
Une femme avait vu, par ces cœurs inhumains,
Un reste d’aliment arraché de ses mains.
Des biens que lui ravit la fortune cruelle,
Un enfant lui restait, près de périr comme elle :Furieuse, elle approche, avec un coutelas .
De ce fils innocent qui lui tendait les bras ;
Son enfance, sa voix, sa misere, et ses charmes,
A sa mere en fureur arrachent mille larmes ;
Elle tourne sur lui son visage effrayé,
Plein d’amour, de regret, de rage, de pitié ;
Trois fois le fer échappe à sa main défaillante.
La rage enfin l’emporte, et, d’une voix tremblante,Détestant son hymen et sa fécondité :
Cher et malheureux fils, que mes flancs ont porté,Dit-elle, c’est en vain que tu reçus la vie ;
Les tyrans ou la faim l’auraient bientôt ravie.
Et pourquoi vivrais-tu P Pour aller dans Paris,
Errant et malheureux, pleurer sur ses débris ?Meurs, avant de sentir mes maux et ta misere;Rends-moi le jour, le sang, que t’a donné ta mere :Que mon sein malheureux te serve de tombeau,