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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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AVANT CORNEILLE.

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rien ne fait mieux comprendre comment, dans sa pre-mière époque, notre poésie, soit provençale, soit fran-çaise, passe sans cesse, et presque sans intervalle, desentiments vrais et touchants et de détails simples etnaturels, aux idées les plus bizarres et aux concep-tions les plus extravagantes.

Un autre genre de poésie, la satire, avait dû naîtrepromptement en France, sous l’influence des habi-tudes de société et de conversation qui y ont été culti-vées de si bonne heure, et de cette forme de monarchiesémi-despotique, sémi-aristocratique, qui ne laisse auxhommes frappés des abus d’autre ressource que cellede s’en plaindre ou de s’en moquer. On trouve déjàcette satire, sous le nom d esirvenles, chez les Trouba-dours provençaux du douzième siècle'; dans ce temps-là, comme de tout temps, on s’est plaint de l’injusticeet de la mauvaise foi des gens puissants, des femmes,des médecins et des aubergistes. Mais ces sirventes nerenferment guère que des personnalités ou des généra-lités vagues. Les Troubadours se lamentent des vices

i . . . Comme nos François, les premiers en Provenue,

Du sonnet amoureux chantèrent l’excellence,

Devant Fltalien ils ont aussi chantés

Les satires qu’alors ils nommoient sirventes,

Ou silventois, un nom qui des sihes romainesA pris son origine en nos forêts lointaines.

La Fresnayf.-Yauqueun, Art poétique, Liv. II.

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