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DE L’ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCE
En la forest, sans la crainte des loups,
Je m’en allois souvent cueillir le houx,
Pour faire glus à prendre oyseaux ramagesTous différents de chantz et de plumages ;
Ou me souloys, pour les prendre, entremettreA faire bries 1 ou caiges pour les mettre :
Ou transnouois 2 les rivières profondes ,
Ou renforçois sur le genouil les fondes* ;
Puis d’en tirer droict et loin j’apprenoisPour chasser loups et abattre des noix.
La différence des deux poêles est frappante; chezMarot, tout est simple et naturel; chez Ronsard, toutest noble et brillant; dans le dernier morceau, les faitssont tels qu’un enfant a pu les remarquer; dans lepremier, les détails sont ceux qu’un poète seul a puimaginer ; c’est la différence d’un récit naïf à un tableauanimé; c’est celle de notre ancienne poésie à la poésietelle que nous la concevons aujourd’hui. Ceux qui pré-fèrent à tout la simple vérité regretteront Marot et sontemps; ceux qui veulent que cette vérité s’élève, et qu’a-vant d’arriver à nous elle ait passé par une imaginationcapable d’échauffer la nôtre, demanderont qu’au natu-rel de Marot on ajoute les brillantes couleurs deRonsard.
Après ces deux exemples, on s’étonnera sans douteun peu de ce passage de La Bruyère : « Marot, par son
* Piège, engin, pour prendre les oiseaux.
* Je traversais à la nage.
3 Les frondes