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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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DE L’ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCE

consultât lui-même dans les derniers actes de piété desa vie : « Au moment de sa mort, dit Racan, on eutbeaucoup de peine à l’engager à se confesser, parceque, disait-il, il n’avoit accoutumé de le faire qu’àPâques; celui qui l’acheva de résoudre futYvrande,gentilhomme qui avoit été nourri page de la grandeécurie, et qui estoit son écolier en poésie, aussi bienque Racan. Ce qu’il lui dit, pour le persuader de rece-voir les sacrements, fut qu’ayant toujours fait profes-sion de vivre comme les autres hommes, il falloit aussimourir comme eux ; et Malherbe lui demandant cequ’il vouloit dire, Yvrande lui dit que, quand les autresmouroient, ils se confessoient, communioient et rece-voient les autres sacrements de l'Église : Malherbeavoua qu’il avoit raison, et envoya quérir le vicaire deSaint-Germain, qui l’assista jusqu’à la mort 1 . »

S’il arrive donc qu’en lisant les poésies de ce temps-là, les convenances ne nous paraissent ni bien sévères,ni bien sévèrement observées, il ne faut pas s’en prendreaux poètes; la cour n’en exigeait pas davantage. Onpeut trouver dans Malherbe beaucoup de défauts degoût, et même beaucoup d’inexactitudes de gram-maire 2 ; mais il avait eu tant à redresser en ce genre

1 Vie de Malherbe, par Racan, p. II.

2 Voyez le rapport de Pélisson sur l’examen de ses Stances au Roi,fait par l’Académie française, peu de temps après sa mort. Histoirede /’ Académie, p. 273, édit, de 1633.