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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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62 DE L’ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCE

permette de partager avec les hommes. Ce fut donc àelles que la poésie dut adresser ses principaux hom-mages. Mais, pour les femmes, il n’est qu’un seul hom-mage auquel reviennent, en dernière analyse, tous lesautres : la moins fine n’a pas besoin d’un grand effortd’esprit pour apercevoir que nulle influence ne vautcelle qui assujettit le cœur, les désirs, les volontés:parlant aux femmes, ce fut donc d’amour qu il fallutleur parler ; le culte de l’amour les assiégea de toutesparts; le mot d’amour résonnait sans cesse à leursoreilles ; on ne croyait pas pouvoir représenter unegrande action qui n’eût pas été inspirée par l’amour,ni une action extravagante dont l’amour pût êtreeffrayé. C’était d’amour que parlaient Brutus et Hora-tius Codés, dans les romans de M lle de Scudéry; c’étaitpar amour que Cyrus devenait le conquérant de l’Asie ;et Mandane pouvait si peu se dispenser d’inspirer del’amour, que dans le roman de Cyrus, elle est enlevéequatre fois par quatre personnes différentes : ce quidonna lieu à cet arrêt du Parnasse réformé: a Déclaronsque nous ne reconnoissons pas pour héroïnes toutes lesfemmes qui auront été enlevées plus d’une fois 1 . »Cependant, soit que le goût de la domination rendîtles femmes moins sensibles à d’autres plaisirs, soit quel’agitation de la société les préservât de l’empire des

1 Article 19, Parnasse réformé, p. 157.