Buch 
Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
Entstehung
Seite
68
JPEG-Download
 

68 DE L’ÉTAT DE LA POÉSIE EN FRANCE

Si de pareils exemples donnent une idée du goût dela société qui les admirait, ils ne prouvent pas que songoût se renfermât dans ce seul genre de littérature : toutétait recherché, tout était reçu dans ces réunions oisives

Quand la nymphe divine, à mon repos fatale,

Apparut et brilla de tant de feux diversQu’il sembloit qu’elle seule esclairoit l’univers,

Et remplissoit de feu la rive orientale.

Le soleil, se hastant pour la gloire des deux,

Vint opposer sa flamme à l’éclat de ses yeux,

Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore ;

L’onde, la terre et l'air s’allumoient à l’entour ;

Mais auprès de Philis on le prit pour l’Aurore,

Et l’on crut que Philis étoit l’astre du jour.

MALLE VILLE.

Le silence régnoit sur la terre et sur l’onde ;

L’air devenoit serein et l’Olympe vermeil,

Et l’amoureux Zéphir, affranchi du sommeil,

Ressuscitoit les fleurs d’une haleine féconde.

L’Aurore déployoit l’or de sa tresse blonde,

Et semoit de rubis le chemin du soleil;

Enfin ce Dieu venoit au plus grand appareilQu’il soit jamais venu pour éclairer le monde ;

Quand la jeune Philis, au visage riant,

Sortant de son palais plus clair que l’Orient,

Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.

Sacré flambeau du jour ! n’en soyez pas jaloux ;

Vous parûtes alors aussi peu devant elleQue les feux de la nuit, avoient fait devant vous.