AVANT CORNEILLE.
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l’homme, rien de ce qui est vraiment sérieux et réeldans son existence ne parut propre à fournir des sujetsou des images à des poêles qui faisaient des vers surtoutes choses; et l’impossibilité de trouver, dans les œu-vres poétiques d’un demi-siècle, un morceau véritable-ment élevé, énergique ou pathétique, est un phéno-mène qui fait comprendre sous quel aspect était envi-sagée la poésie à une époque où les émotions naturelleset puissantes n’étaient, pas plus que dans aucune autre,étrangères au cœur de l’homme.
Ni le sentiment, ni le goût, ni le langage poétique,ne sont compatibles avec cet esprit factice, et qui nes’inquiète point de la réalité des choses ; dans un pareilsystème, aucun objet n’est vu comme il est, aucunmouvement n’est exprimé comme il doit être senti ;et si la nature semble se présenter quelquefois, uneidée disparate, un trait de faux esprit se hâtent dedétruire l’illusion, et d’avertir que ce n’est point lavoix de la vérité qu’on vient d’entendre. Maynard, dansses Stances d’un père sur la mort de sa fille ', où la forcede la situation lui arrache quelques vers d’un senti-ment assez vrai, ne peut s’v tenir longtemps; ce pèreinconsolable s’adresse à son cœur, et lui dit :
Courons, mon cœur, courons donc au naufrage
Dans les torrens qui naissent de mes yeux.
1 Voyez le Recueil des plus belles pièces des poètes français, t. III,page 6.