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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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CORNEILLE.

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paraître dans ses actions la force de son amour pourSévère en même temps que sa persévérance à le sacri-fier, elle ne serait pas obligée de tant dire combien il ya de vertu dans ce sacrifice. Tous ces personnages par-lent forcés par la nécessité de la scène, et non par lanécessité de l’action : ils parlent quelquefois sans euattendre l’occasion, ce qui n’est pas d’accord avec l’em-pire presque exclusif qu’exerce sur eux leur caractère;le caractère, simple disposition naturelle, ne se mani-feste que lorsqu’il se trouve en présence de l’objetpropre à le mettre en jeu, tandis que la passion, mou-vement violent de l’âmé, se porte sur toutes choses,s’épanche où elle peut, et peut fournir bien plus natu-rellement ces discours abondants, nécessaires à lascène. Lorsque Cléopâtre mourante révèle à son fils sescrimes et ses affreux projets, c’est la passion qui l’en-traîne; sa haine ne peut plus agir; elle n’a d’autresoulagement que delà déclarer; ses révélations sontdonc parfaitement naturelles : mais les révélations queCléopâtre fait à Laonice dans les premiers actes ne lesont point, parce que ce sont de simples développe-ments de caractère, savamment donnés par le person-nage lui-même, au lieu d’être naturellement provoquéspar les événements.

Non-seulement les héros de Corneille ont peu de[tassions qui combattent leur caractère; mais il est raremême que leur caractère soit mis en mouvement par