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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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301 ÉCLAIRCISSEMENTS ET PIÈCES HISTORIQUES.

plus de part aux gratifications dont Sa Majesté honore les gens delettres, je ne puis avoir un plus juste et plus favorable recoursqu’à vous, Monseigneur, à qui je suis entièrement redevable decelle que j’y avois. Je ne l’ay jamais méritée; mais, du moins, j'aytâché à ne m’en rendre pas tou-fait indigne par l’employ quej’en ay fait. Je ne l’ay point appliquée à mes besoins particuliers,mais à entretenir deux fils dans les armées de Sa Majesté, dontl’un a été tué pour son service au siège de Graves ; l’autre sertdepuis quatorze ans, et est maintenant capitaine de chevau-légers.

a Ainsi, Monseigneur, le retranchement de cette faveur, àlaquelle vous m’aviez accoutumé, ne peut qu’il ne me soit sensibleau dernier point ; non pour mon intérêt domestique, bien que cesoit le seul advantage que j’aye reçu de cinquante années detravail , mais parce que c’estoit une glorieuse marque de l’estimequ’il a plù au Roy faire du talent que Dieu m’a donné, et que celtedisgrâce me met hors d’état de faire encore longtemps subsister cefils dans le service, où il a consumé la plusparl de mon peu de bienpour remplir avec honneur le poste qu’il y occupe.—J’ose espérer,Monseigneur, que vous aurez la bonté de me rendre votre protec-tion, et de ne pas laisser destruire vostre ouvrage. Que si je suisassez malheureux pour me tromper dans cette espérance , etdemeurer exclus de ces grâces qui me sont si prétieuses et sinécessaires, je vous demande cette justice de croire que la con-tinuation de ceste mauvaise influence n’atfoiblira, en aucunemanière, ny mon zèle pour le service du Roy, ny les sentimentsde reconnoissance que je vous dois par le passé, et que, jusqu’audernier soupir, je ferai gloire d’estrc, avec toute la passion et lerespect possible , Monseigneur,

« Votre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur,

« CORNEILLE. »

Par quelles causes Corneille avait-il cessé de jouir de sa pensionde 2000 livres? On l’ignore. Cette pension lui fut-elle immé-diatement rendue ? 11 y a lieu de le croire : on lit, en marge desa supplique, ces mots écrits, à ce qu’il paraît, de la main deColbert :

« Pension accordée aux gens de Lettres, et dont il a été privédepuis quatre ans. t Cependant, après la mort de Colbert (septembre