DE LORD BYRON.
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style et de manière afin de les dérouter. Rien de plus odieuxpour un homme de talent, que cette troupe empres-séee sur ses pas, parodiant ses pensées, calquant le dessinde ses narrations, lui empruntant impitoyablement sa mi-santhropie, son dandysme, son dédain, et son enthou-siasme.
Byron ne dut sa puissance qu’à ce mélange extraordinaired’une grande mobilité d’idées et d’une faculté de concen-tration merveilleuse. Vous diriez un écho solitaire etélevé, d’où tous les bruits qui le frappent rejaillissent avecune énergie nouvelle. L’ironie de Voltaire, le mysticisme deShelley, l’idolâtrie de la nature, professée par Goethe dansWerther , le scepticisme de Bayle, l’exaltation funèbred’Young, le pcrsifilage des romans de Voisenon, le coloriséclatant de madame de Staël, l’éloquence passionnée deRousseau ; rationalisme, piété, idéalisme, théosophie, mani-chéisme, non-seulement il ne repousse aucune de ces doc-trines ; mais il les embrasse et les adopte : elles ne se fixentpas dans son intelligence; elles la frappent seulement :elles en reviennent plus fortes, plus vives, plus ardentes ; illes saisit, non pour les faire siennes, dirait Montaigne, maiscomme l’eau d’un lac s’empare du paysage, comme le mi-roir s’empare du feu qu’il augmente, comme la grotte ré-percute le son qu’elle grossit.
Lord Byron n’a peut-être pas jeté une seule idée dans lacirculation intellectuelle ; il a prêté sa puissance à toutesles idées. Caïn, admirable Mystère, repose sur le systèmeanté- diluvien de M. Cuvier et sur les malédictionsde Job. Les auteurs de Tristram Shandy et de Gilblas,Voltaire, Goethe, Labruyôre, YVieland et Swift semblentavoir fondu leurs couleurs dans l’épopée interminableintitulée Don Juan. Childe-Harold, voyageur sentimental