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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. i5S

Toute la logique se réduit à une règle fort simple. Pour com-parer deux ou plusieurs objets éloignés les uns des autres , on sesert de plusieurs objets intermédiaires; il en est de même quandon veut comparer deux ou plusieurs idées. L’art du raisonnementn’est que le développemSnt de ce principe , et des conséquencesqui en résultent. ( Voyez Eclaircissement, §Y,page i55. )

Ce principe suppose un fait aussi certain qu’inexplicable, c’estque notre esprit peut non - seulement avoir plusieurs idées à lafois , mais encore apercevoir à la fois l’union ou la discordancede ces idées. C’est un des mystères de la métaphysique , quecette multiplicité instantanée d’opérations dans une substanceaussi simple que la substance pensante.

Tout raisonnement qui fait voir avec évidence la liaison oul’opposition de deux idées, s’appelle démonstration; les mathé-matiques n’emploient que des raisonnemens de cette espèce ;quelques unes des autres sciences en fournissent aussi des exem-ples , quoique moins fréquens ; mais le comble de l’erreur seraitd’imaginer que l’essence des démonstrations consistât dans laforme géométrique , qui n’en est que l’accessoire et l’écorce ,dans une liste de définitions, d’axiomes, de propositions et decorollaires. Celte forme est si peu essentielle à la preuve des vé-rités mathématiques , que plusieurs géomètres modernes l’ontabandonnée comme inutile.

Cependant quelques philosophes trouvant cet appareil propreà en imposer, sans doute parce qu’il les avait séduits eux-mê-mes , l’ont appliqué indifféremment à toutes sortes de sujets ; ilsont cru que raisonner en forme, c’était raisonner juste ; mais ilsont montré par leurs erreurs, qu’entre les mains d’un esprit fauxou de mauvaise foi , cet extérieur mathématique n’est qu’unmoyen de se tromper plus aisément soi-même et les autres. Oua mis jusqu’à des figures de géométrie dans des traités de l'âme ;on a réduit en théorèmes l’énigme inexplicable de l'action deDieu sur les créatures ; on a profané le mot de démonstrationdans un sujet-où les termes même de conjecture et de vraisem-blance seraient presque téméraires. Aussi il ne faut que jeter lesyeux sur ces propositions si orgueilleusement qualifiées, pourdécouvrir la grossièreté du prestige, pour démasquer le sophistetravesti en géomètre, et pour se convaincre que les titres sont unemarque aussi équivoque du mérite des ouvrages, que du méritedes hommes.

Il serait sans doute à souhaiter qu’on n’employât jamais quedes démonstrations rigoureuses; il serait à souhaiter du moinsque, dans les cas où cette lumière manque, on se bornât à avouersimplement son ignorance; mais dans la plupart des sciences*