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Tome premier.
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181
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DE PHILOSOPHIE. 181

teurs de métaphysique ce qu’on a dit des bons écrivains, qu’iln’y a personne qui, en les lisant, 11e croie pouvoir en dire autantqu’eux.

Mais si dans ce genre tous sont faits pour entendre, tous nesont pas faits pour instruire. Le mérite de faire entrer avec faci-lité dans les esprits des notions vraies et-Simples, est beaucoupplus grand qu’on ne pense, puisque l’expérience nous prouvecombien il est rare; les saines idées métaphysiques sont des vé-rités communes que chacun saisit, mais que peu d’hommes ontle talent de développer; tant il est difficile, dans quelque sujetque ce puisse être, de se rendre propre ce qui appartient à toutle monde. Je ne crains point que ces réflexions blessent nos mé-taphysiciens modernes; ceux qui n’en sont pas l’objet y applau-diront, ceux qui pourraient l’être croiront qu’elles ne les regar-dent pas; mais les lecteurs sauront bien distinguer les uns desautres.

L’examen de l’opération de l’esprit qui consiste à passer de nossensations aux objets extérieurs, est évidemment le premier pasque doit faire la métaphysique. Comment notre âme s’élance-t-elle hors d’elle-même, pour s’assurer de l’existence de ce qui n’estpas elle ? Tous les hommes franchissent ce passage immense, tousle franchissent rapidement et de la même manière; il su/lit doncde nous étiidier nous-mêmes, pour trouver en nous tous lesprincipes tpii serviront à résoudre la grande question de l’exis-tence des objets extérieurs. Elle en renferme trois autres qu’il nefaut pas confondre. Comment concluons-nous de nos sensationsl’existence de ces objets ? Cette conclusion est-elle démonstrative ?Enfin comment parvenons -nous par ces mêmes sensation^ à nousformer une idée des corps et del’éteudue ?

La première de ces questions ayant pour objet une vérité defait, c’est-à-dire, la conclusion que nous tirons de nos sensatiousà l’existence des objets, la solution en est susceptible de toutel’évidence possible. Cette conclusion est une opération de l’es-prit dont les philosophes seuls s’étonnent, mais dont ils ont biendroit de s’étonner; et le peuple qui rit de leur surprise, la par-tage bientôt pour peu qu’il réfléchisse. Pour expliquer cette opé-ration, il est nécessaire de se mettre en quelque sorte à la place;d’un enfant qui vient de naître, et de suivre le développementde ses idées. Ce cours d’ignorance , si on peut l’appeler de lasorte, est beaucoup plus utile que ce qu’on appelle quelquefoissi gratuitement cours de science dans nos écoles.

Nous ne prétendons point blâmer l’analyse qu’un philosophemoderne a faite de nos sens, en examinant ce que chacun d’euxpris séparément peut nous apprendre , et ce qu’ils nous ap-