DE PHILOSOPHIE. i83
mier est de prouver une vérité directe et primitive par une vé-rité réfléchie, l’existence des corps par celle de Dieu; tandis quec’est au contraire dans l’existence des corps qu’il faut chercherles preuves de l’existence de Dieu les plus solides, celles quetoutes les écoles de philosophie ont généralement admises. Lesecond inconvénient est de croire pouvoir convaincre par le rai-sonnement un philosophe opiniâtre, que Dieu le tromperait s’iln’y avait point de corps. « Je reconnais comme vous, dira-t-il,» l’existence d’un premier Etre; mais c’est lui faire injure que» de lui attribuer vos erreurs. Pour ne pas les regarder comme>> son ouvrage, il suflit de penser qu’il est assez puissant pour» exciter en nous des sensations , sans qu’il y ait rien au dehors» qui lui serve à les produire. Il ne tiendra qu’à vous de vous» abstenir comme moi, par cette réflexion si simple , de toute» assertion précipitée. Vous avouez que mes sensations me trom-» pent souvent ; pourquoi ne me tromperaient-elles pas toujours ?» Cette vivacité, cet accord, ces nuances, ces aflections invo-» lontaires, qui vous font passer si légèrement de la réalité de la» sensation à celle de l’objet, ne les ai-je pas souvent éprouvées» dans le sommeil ? Et pourquoi la vie serait-elle autre chose>> qu’un sommeil plus continu et plus profond, qui a seulement» le triste avantage de se laisser de temps en temps apercevoir?» Quand je considère d’ailleurs quels sont les objets de mes sen-» sations, que de contradictions je rencontre dans l’idee que je» m’en forme! Deux substances aussi disparates que l’esprit et» la matière, séparées l’uu de l’autre par un intervalle immense» quant à la substance et quant à la nature, peuvent-elles agir>> l’une sur l’autre, ce qui est pourtant nécessaire pour que celui-» là ait l’idée de celle-ci ? D’ailleurs qu’est-ce que cette matière» dont vous prétendez que mes sens me procurent une notion• si distincte ? Qu’esl-ce que les'élémens ou particules premières» des corps? Vous ne pouvez pas dire que ce soient des corps ;« car ils auraient eux-mêmes des élémens, et par conséquent» ne seraient pas ceux que nous cherchons : et si ce ne sont pas» des corps, comineut concevez-vous que l’assemblage de ces> élémens non matériels puisse former cet être que vous appelez» matière ? direz-vous qu’un corps est composé d’autres corps» à l’infini? Mais n’esl-ce pas une chimère qu’un être compose» dont on ne peut jamais retrouver les composans, ou plutôt» dont réellement les composans n’existent pas, puisqu’on ne» saurait supposer qu’ils existent seuls, et puisqu’ils ne tiennent» leur existence que de leur union avec d’autres êtres à qui iis» la donnent aussi ? Plutôt que d’avoir à dévorer celte multitude)> de contradictions, n’est-il pas plus simple et plus raisonnable